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Le non verbal permet de prédire le résultat des d’élections. Pourquoi et comment ?

 

En 2009 , des enfants suisses de 5 à 13 ans prédisaient les résultats des élections législatives françaises à partir de photographies des participants au second tour (1). Des exercices de type similaire permettaient à partir de photographies du visage, aux États Unis cette fois, de prédire les résultats à la chambre des représentants, au Sénat et à des postes de gouverneur (2). C'est encore sur la base de photographies préférées que le résultat d'élections finlandaises (3), britanniques (4), irlandaises (5), italiennes (6), Néozélandaises (7), Mexicaines (8), japonaises (9) étaient prédits, avec des des taux de précisions chaque fois supérieurs au hasard.
Dans un autre type d'expérience, où le langage corporel était mis en lumière, le résultat d'élections était cette fois prédit avec justesse, à partir de dix secondes prises au hasard sur une vidéo de débat politique (10) observée sans le son. Dans cette expérience les participants avaient la possibilité ensuite d'écouter les paroles  et de revoir leur jugement. Dans ce cas précis, le fait d'écouter le son était facteur de biais et amenait les personnes testées à se tromper, et leur prédiction retombait au niveau du hasard (pile ou face).

Les expériences académiques sont aujourd'hui trop nombreuses, trop sérieuses, trop congruentes, pour qu'elles ne nous obligent pas à nous interroger sur le rôle du non verbal dans les élections. Car, si à première vue, le résultat d'élections peut être prédit à partir de critères non verbaux seuls, à quoi sert-il aux sociétés de s'engager dans des processus démocratiques couteux en argent en temps et en énergie, ? et plus globalement à quoi sert-il donc encore de mettre en œuvre des idées et des projets si les candidats choisis, le sont  indépendamment de leurs idées et projets ?
 
En réalité c'est peut-être exactement pour cette même raison qu'il faut redoubler d'exercice démocratique, d'échanges, de réflexions croisées et contradictoires, parce que les études nous apprennent autre chose…
 

Le rôle du capital informationnel 

Le critère conduisant un individu à choisir la compétence de son candidat politique à partir de son image, plutôt que de son projet, est une stratégie de personne peu informée. Elle conduit l'électeur peu favorisé en termes de capital informationnel, à faire davantage confiance, dans un article de revue, à la photographie du candidat plutôt qu'à article de fond qui l'accompagne (11), mais la photographie n'est plus critère de choix, lorsque les électeurs sont mieux informés et qu'ils disposent d'une culture politique (12). Les lecteurs se fient alors à leurs critères propres d'affiliation fondés sur la logique des idées (13).

Ainsi, lorsqu'une élection est très serrée, le critère du visage "qui inspire confiance" risque effectivement de faire basculer le résultat dans le camp de celui qui a la meilleure mine, mais parallèlement plus les électeurs sont informés, plus les candidats sont choisis et élus sur leurs programmes.

Dans ce contexte, il ne faudrait donc pas sous-estimer l'importance de l'éducation politique, car c'est elle, et elle seule qui permettra que ne soient pas élus des candidats politiques sur leur bonne mine. Mais d'autre part, il semble important de développer l'éducation à la compréhension des messages non verbaux, afin d'apprendre à objectiver et donc démystifier les mécanismes  conduisant les choix électoraux à être faits sur une autre base que celle des idées et des projets.

(1) Antonakis, J., & Dalgas, O. (2009). Predicting elections: Child’s play!. Science, 323, 1183.
(2) Ballew, C. C., et Todorov, A. (2007). Predicting political elections from rapid and unreflective face judgments. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 104, 17948–17953.
Hall, C. C., Goren, A., Chaiken, S., et  Todorov, A. (2009). Shallow cues with deep effects: Trait judgments from faces and voting decisions. In E. Borgida, J. L. Sullivan, C. M. Federico (Eds.), The political psychology of democratic citizenship (pp. 73–99). New York: Oxford University Press.
Todorov, A., Mandisodza, A. N., Goren, A., et  Hall, C. (2005). Inferences of competence from faces predict election outcomes. Science, 308, 1623–1626.
(3)Poutvaara, Panu, Henrik Jordahl, et Niclas Berggren. 2009. “Faces of Politicians: Babyfacedness Predicts Inferred Competence but Not Electoral Success.” Journal of Experimental Social Psychology 45(5): 1132–35.
(4)Banducci, S. A., Karp, J. A., Thrasher, M., et Rallings, C. (2008). Ballot photographs as cues in low- information elections. Political Psychology, 29, 903–917.
(5)Buckley, F., Collins, N., et  Reidy, T. (2007). Ballot paper photographs and low-information elections in Ireland. Politics, 27, 174–181.
(6)Castelli, L., Carraro, L., Ghitti, C., et Pastore, M. (2009). The effects of perceived competence and sociability on electoral outcomes. Journal of Experimental Social Psychology, 45, 1152–1155.
(7)Little, A. C., Burriss, R. P., Jones, B. C.,; Roberts, S. C. (2007). Facial appearance affects voting decisions. Evolution and Human Behavior, 28, 18–27.
(8) Lenz, G.S et Lawson, C. (2011) Looking the Part: Television Leads Less Informed Citizens to Vote Based on Candidates’ Appearance American Journal of Political Science, Vol. 55, No. 3, July , Pp. 574–589
(9 )Rule, Nicholas O., Nalini Ambady, Reginald B. Adams Jr., Hiroki Ozono, Satoshi Nakashima, Sakiko Yoshikawa, et Motoki Watabe. 2010. “Polling the Face: Prediction and Consensus across Cultures.” Journal of Personality and Social Psychology 98(1): 1–15.
(10) Ambady, N., et Rosenthal, R. (1992). Thin slices of expressive behavior as predictors of interpersonal consequences: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 111, 256–274.(11) , Barrett, A. W., et Barrington, L. W. (2005). Is a picture worth a thousand words? Newspaper photographs and voter evaluations of political candidates. The Harvard International Journal of Press/Politics, 10, 98–113.
(12) Lau, Richard R., and David P. Redlawsk. 2001. “Advantages and Disadvantages of Cognitive Heuristics in Political Decision Making.” American Journal of Political Science 45(4): 951–71.
(13) (9) Bartels, L. M. (2000). Partisanship and voting behavior, 1952–1996. American Journal of Political Science, 44, 35–50. politique.
Lau, R. R., et Redlawsk, D. P. (2006). How voters decide: Information processing during election campaigns. New York: Cambridge University Press. 

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