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DSK : que révèle son non verbal ?

Dominique Strauss Kahn s'est expliqué dimanche soir en entrevue sur TF1 à propos de ce que le monde des médias appelle désormais  "l'affaire de la chambre 2806" du Sofitel où il aurait agressé sexuellement une femme de chambre à New York. Agression pas agression ? Doit-on le croire, pas le croire ? Lui accorder du crédit, aucun crédit ?

 
Son intervention au journal de TF1 face à la journaliste Claire Chazal  était sans aucun doute murement réfléchie, les propos bien ciselés, les formules choisies. Mais nous attendions-nous vraiment à autre chose ?
 
Essayons par contre de comprendre ce que le corps de Dominique Strauss Kahn,  au delà des circonvolutions verbales avait, lui, le besoin de nous dire.

 

Un détail sautait aux yeux : ses clignements de paupières :

 
Comme la vérité demande moins de ressources cognitives que le mensonge, lorsqu'une personne ment, elle a tendance à moins cligner des paupières que si elle dit la vérité. (1) Par voie de compensation, une fois le mensonge réalisé elle se libère en clignant davantage. (2)
 
Dans cette entrevue, il y a eu deux temps : sa vie privée et la situation européenne. Concentrons-nous ici sur le thème de la vie privée (3).  0.27 clignements à la seconde pendant l'échange contre 2.6 clignements à la seconde après avoir parlé. Dix fois plus ! Du jamais vu lorsque la personne dit la vérité (4).
 
Il faut noter également que lorsque la personne a fini de parler, généralement elle laisse la bouche entrouverte  ou légèrement fermée et elle clôt fortement la bouche lorsqu'elle ment. Ici la bouche est fortement fermée après les fins de phrase (voir la photo ci dessus). Une telle tension de fermeture dans la bouche à de si nombreuses reprises, encore du jamais vu en situation de vérité.
Dominique Strauss Kahn  reprend le thème du complot  : "…un complot nous verrons", il cligne 9 fois des paupières en 2.2 secondes, ce qui fait plus de 4 clignements de paupières à la seconde (!) la bouche bien scellée…
 
Alors, oui, il est possible que DSK dise la vérité, oui tout est possible et le mensonge ne serait être reconnu que s'il y avait des aveux ou des preuves matérielles claires, mais l'homme a, convenons-en , des manières bien à lui de dire la vérité…
 
 
(1) Kyosuke Fukuda : Eye blinks: new indices for the detection of deception International Journal of Psychophysiology 40, 239-245
 (2) Leal Sharon et Vrij Aldert Blinking "During and After Lying" J Nonverbal Behav (2008) 32:187–194 
(3) Le dialogue autour de deux thèmes bien différents nous a permis de contrôler nos variables. Nous nous apercevons qu'il y a eu 0.27 clignements par seconde sur l'épisode relevant de sa vie privée, pour 0.34 pour les thèmes européens soit près de 30 % de plus.Le thème européen étant un thème plus technique et compliqué, nous aurions pu nous attendre à voir le contraire
(4)  Pendant la prise de parole : 191 clignements / 686secondes   =     0.27 sec    Après la parole : 39 clignements de paupières / 15 secondes =   2.6 sec
 Il faut noter que la caméra revenant sur la journaliste à la fin de chaque intervention de DSK pour qu'elle lui pose des nouvelles questions, des clignements après la fin de la prise de parole ont forcément été omis.

Clignements de paupières et préférences électorales.


Lorsqu'une information effrayante est perçue, le corps émet des réflexes de défense avant même que nous ayons conscience du danger. Au titre de ces réflexes, nous clignons des paupières et la conductance électrique de notre peau est plus importante.

 

Une étude américaine a été réalisée dans l'objectif de croiser ce type de données avec des données sur les préférences politiques. Un bruit incongru était émis dans l'environnement de sujets observés et des images effrayantes projetées. Ces mêmes sujets avaient préalablement répondu à un questionnaire sur la préservation de l'identité nationale, l'augmentation du budget militaire, les mesures en faveur de la peine de mort …
Il s'est avéré que les personnes présentant des réflexes de défense physiologiques les plus calmes face aux perceptions effrayantes étaient également celles qui étaient davantage en faveur du pacifisme, l'aide aux personnes en difficultés, toléraient le mieux les rapports sexuels avant le mariage et étaient davantage en faveur de l'avortement (1)
En fait l'amygdale cérébrale fonctionnait avec davantage de vigueur chez les personnes les plus conservatrices, les plus protectrices face à l'environnement.

De là à dire que nous sommes prédéterminés par nos préférences cérébrales, il n'y a qu'un pas à franchir que nous ne franchirons pas. Il n'en reste pas moins vrai que c'est à notre cerveau conscient d'éduquer notre cerveau non conscient, un peu comme si l'être humain était double, deux pour le prix d'un deux , deux en un seul. Le bulletin de vote tenu par une main consciente imposée par l'activité non consciente de l'amygdale !

Or l'être non conscient peut, lui aussi, être observé en dehors de l'IRM. Car s'il était vraiment insaisissable, nous ne rougirions pas comme nous rougissons, nous ferions pas de gestes lorsque nous parlons, nos mains ne reviendraient jamais sur notre visage ou notre corps comme elles le font, nos pupilles ne se dilateraient pas comme elles se dilatent, tout cela le plus souvent en dehors de notre conscience…

Les règles de ce langage non conscient ne sont pas forcément toutes encore très claires. mais elles existent en revanche forcément…

(1)D Oxley et al., Science, Vol 321, p.1667, 2008