Les vraies angoisses n’empêchent pas les vrais sourires

Le langage corporel possède des spécificités. La plus mystérieuse d'entre elles, veut que la perception scientifique du non verbal contredise souvent les lois de la perception courante. Ou pour le dire autrement, que les certitudes du commun des mortels ne correspondent pas toujours aux données des chercheurs. Ce phénomène est observable concrêtement dans une manifestation non verbale, aussi courante que le sourire.

armstrong_1Dans ce domaine une idée semble bien implantée dans les esprits :  "Un sourire authentique est un sourire de bien-être, les autres sourires sont de faux sourires"  Et il en restera des traces sur le visage. Or il s'avére que cette idée n'est pas une idée juste.

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Les mots ne sont pas tout et le langage non verbal n’est pas rien

 
Cette phrase tirée d'un article de presse internet mérite de retenir un moment notre attention. 
 
Prendre le problème sous l'angle : "Si nous pouvions vraiment comprendre les gens sans recourir aux mots, il n'y aurait pas besoin d'apprendre les langues étrangères", c'est n'avoir pas compris ce qu'était le non verbal.  En fait c'est n'avoir pas compris comment se mettent en place  les interactions humaines. 
 

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Ce que traduisent les photographies sur les pages personnelles

 

En Synergologie, un principe de base veut que lorsqu'une personne communique en lien, avec son interlocuteur, elle lui présente davantage son visage gauche que son visage droit. Elle montrera son visage droit si la communication est plus analytique, plus distante.

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Le non verbal permet de prédire le résultat des d’élections. Pourquoi et comment ?

 

En 2009 , des enfants suisses de 5 à 13 ans prédisaient les résultats des élections législatives françaises à partir de photographies des participants au second tour (1). Des exercices de type similaire permettaient à partir de photographies du visage, aux États Unis cette fois, de prédire les résultats à la chambre des représentants, au Sénat et à des postes de gouverneur (2). C'est encore sur la base de photographies préférées que le résultat d'élections finlandaises (3), britanniques (4), irlandaises (5), italiennes (6), Néozélandaises (7), Mexicaines (8), japonaises (9) étaient prédits, avec des des taux de précisions chaque fois supérieurs au hasard.
Dans un autre type d'expérience, où le langage corporel était mis en lumière, le résultat d'élections était cette fois prédit avec justesse, à partir de dix secondes prises au hasard sur une vidéo de débat politique (10) observée sans le son. Dans cette expérience les participants avaient la possibilité ensuite d'écouter les paroles  et de revoir leur jugement. Dans ce cas précis, le fait d'écouter le son était facteur de biais et amenait les personnes testées à se tromper, et leur prédiction retombait au niveau du hasard (pile ou face).

Les expériences académiques sont aujourd'hui trop nombreuses, trop sérieuses, trop congruentes, pour qu'elles ne nous obligent pas à nous interroger sur le rôle du non verbal dans les élections. Car, si à première vue, le résultat d'élections peut être prédit à partir de critères non verbaux seuls, à quoi sert-il aux sociétés de s'engager dans des processus démocratiques couteux en argent en temps et en énergie, ? et plus globalement à quoi sert-il donc encore de mettre en œuvre des idées et des projets si les candidats choisis, le sont  indépendamment de leurs idées et projets ?
 
En réalité c'est peut-être exactement pour cette même raison qu'il faut redoubler d'exercice démocratique, d'échanges, de réflexions croisées et contradictoires, parce que les études nous apprennent autre chose…
 

Le rôle du capital informationnel 

Le critère conduisant un individu à choisir la compétence de son candidat politique à partir de son image, plutôt que de son projet, est une stratégie de personne peu informée. Elle conduit l'électeur peu favorisé en termes de capital informationnel, à faire davantage confiance, dans un article de revue, à la photographie du candidat plutôt qu'à article de fond qui l'accompagne (11), mais la photographie n'est plus critère de choix, lorsque les électeurs sont mieux informés et qu'ils disposent d'une culture politique (12). Les lecteurs se fient alors à leurs critères propres d'affiliation fondés sur la logique des idées (13).

Ainsi, lorsqu'une élection est très serrée, le critère du visage "qui inspire confiance" risque effectivement de faire basculer le résultat dans le camp de celui qui a la meilleure mine, mais parallèlement plus les électeurs sont informés, plus les candidats sont choisis et élus sur leurs programmes.

Dans ce contexte, il ne faudrait donc pas sous-estimer l'importance de l'éducation politique, car c'est elle, et elle seule qui permettra que ne soient pas élus des candidats politiques sur leur bonne mine. Mais d'autre part, il semble important de développer l'éducation à la compréhension des messages non verbaux, afin d'apprendre à objectiver et donc démystifier les mécanismes  conduisant les choix électoraux à être faits sur une autre base que celle des idées et des projets.

(1) Antonakis, J., & Dalgas, O. (2009). Predicting elections: Child’s play!. Science, 323, 1183.
(2) Ballew, C. C., et Todorov, A. (2007). Predicting political elections from rapid and unreflective face judgments. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 104, 17948–17953.
Hall, C. C., Goren, A., Chaiken, S., et  Todorov, A. (2009). Shallow cues with deep effects: Trait judgments from faces and voting decisions. In E. Borgida, J. L. Sullivan, C. M. Federico (Eds.), The political psychology of democratic citizenship (pp. 73–99). New York: Oxford University Press.
Todorov, A., Mandisodza, A. N., Goren, A., et  Hall, C. (2005). Inferences of competence from faces predict election outcomes. Science, 308, 1623–1626.
(3)Poutvaara, Panu, Henrik Jordahl, et Niclas Berggren. 2009. “Faces of Politicians: Babyfacedness Predicts Inferred Competence but Not Electoral Success.” Journal of Experimental Social Psychology 45(5): 1132–35.
(4)Banducci, S. A., Karp, J. A., Thrasher, M., et Rallings, C. (2008). Ballot photographs as cues in low- information elections. Political Psychology, 29, 903–917.
(5)Buckley, F., Collins, N., et  Reidy, T. (2007). Ballot paper photographs and low-information elections in Ireland. Politics, 27, 174–181.
(6)Castelli, L., Carraro, L., Ghitti, C., et Pastore, M. (2009). The effects of perceived competence and sociability on electoral outcomes. Journal of Experimental Social Psychology, 45, 1152–1155.
(7)Little, A. C., Burriss, R. P., Jones, B. C.,; Roberts, S. C. (2007). Facial appearance affects voting decisions. Evolution and Human Behavior, 28, 18–27.
(8) Lenz, G.S et Lawson, C. (2011) Looking the Part: Television Leads Less Informed Citizens to Vote Based on Candidates’ Appearance American Journal of Political Science, Vol. 55, No. 3, July , Pp. 574–589
(9 )Rule, Nicholas O., Nalini Ambady, Reginald B. Adams Jr., Hiroki Ozono, Satoshi Nakashima, Sakiko Yoshikawa, et Motoki Watabe. 2010. “Polling the Face: Prediction and Consensus across Cultures.” Journal of Personality and Social Psychology 98(1): 1–15.
(10) Ambady, N., et Rosenthal, R. (1992). Thin slices of expressive behavior as predictors of interpersonal consequences: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 111, 256–274.(11) , Barrett, A. W., et Barrington, L. W. (2005). Is a picture worth a thousand words? Newspaper photographs and voter evaluations of political candidates. The Harvard International Journal of Press/Politics, 10, 98–113.
(12) Lau, Richard R., and David P. Redlawsk. 2001. “Advantages and Disadvantages of Cognitive Heuristics in Political Decision Making.” American Journal of Political Science 45(4): 951–71.
(13) (9) Bartels, L. M. (2000). Partisanship and voting behavior, 1952–1996. American Journal of Political Science, 44, 35–50. politique.
Lau, R. R., et Redlawsk, D. P. (2006). How voters decide: Information processing during election campaigns. New York: Cambridge University Press. 

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"Chaque geste veut toujours dire la même chose".

 

 Toute critique de l'approche synergologique débute ou reprend à un moment ou à un autre cette affirmation tirée des livres de synergologie dans l'objectif de montrer la légèreté de la démarche.

Or la phrase "Chaque geste veut toujours dire la même chose" sortie de son contexte ne veut effectivement absolument rien dire. Par contre, une fois éclairée, elle est l'expression juste du message synergologique. 

Attardons-nous ici à remettre un peu de contexte.

Dans la phrase "Chaque geste veut toujours dire la même chose", il faut comprendre que le geste envisagé dans cette acception est une catégorie large, en fait un mouvement corporel effectué de manière non intentionnelle. La personne parle en s'accompagnant de gestes auxquels elle n'a pas réfléchi. 
Le geste ou attitude mi-consciente peut être un geste d'autocontact (geste fait sur le visage ou sur le corps),  un geste de préhension (geste réalisé sur un objet) une boucle de rétroaction (geste d'une main dans l'autre), une mimique (micoréaction), ou encore un geste dans l'espace (geste).
Admettons que nous parlions d'un geste dans l'espace. Sa signification est d'abord tributaire de la main utilisée, avec trois possibilités : main droite, gauche, ou les deux mains. Il convient ensuite d'observer la configuration de cette main puis la destination dans l'espace du geste.
La configuration  de la main est dépendante de la rotation du poignet, (cinq possibilités), de la position verticale du poignet (trois  possibilités), de la position des doigts (sept possibilités : fermés, ouverts , mi ouverts, bourse, pince, tendus, éventail)

Ensuite pour chacune de ces configurations des doigts, il y a encore plusieurs possibilités, propre à chaque configuration. Plus de 800 positions différentes s'offrent en fait au regard de l'observateur. Et il n'a été évoqué ici que la configuration de la main. 
Lorsque la personne  formée à identifier un geste se sera demandé dans quelle partie de l'espace le geste est effectué, c'est-à-dire devant elle, derrière elle, à gauche ou à droite d'elle-même, autour ou à l'extérieur. Il sera  temps alors de se demander si l'axe de la tête retrouve la main ou s'en dissocie, et si le geste est effectué le bras replié ou tendu, car il est possible que ce ne soient pas les mêmes zones cérébrales qui soient activées, pas les mêmes intentions donc.
Mais la personne formée à observer, ne pourra pas non plus occulter les mimiques (micoréactions) associées à la production du geste. Elle se posera encore quelques questions subsidiaires, comme celles de se demander si la personne cligne ou non des paupières en effectuant ce geste par exemple.
Ensuite oui, "chaque geste veut toujours dire la même chose", mais nous venons d'énoncer douze règles préalables à la description du geste.

Ce n'est d’ailleurs pas parce qu'un horizon de sens du geste est proposé que les chercheurs en synergologie ne continueront pas à se demander si de nouvelles règles ne permettraient pas d'affiner cet horizon de sens et même au passage de revisiter une ou l'autre de ces douze règles….

 

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Comment décoder la tromperie sur les critères du langage corporel ?

 
 
 
Décoder le mensonge sur des critères corporels peut être aléatoire ou plus sérieux selon la méthodologie mise en œuvre. 
Le spécialiste, qui pense que le décodage du mensonge se fait à partir de l'identification  des émotions risque de se trouver dans l'impasse. En revanche, celui qui prend en compte cet axiome : le menteur retient la vérité et il place son corps sous contrôle, verra sa tâche facilitée, surtout dans l'exercice de décodage d'une commission chargée d'expliciter des mécanismes frauduleux.

Dans la première optique, la plus hasardeuse,  il s'agit de chercher à repérer des émotions et dans la seconde, de rechercher la vigilance corporelle.

 

Pourquoi on ne parvient pas à décoder la tromperie en recherchent à repérer des émotions ?

Au départ. le gros bon sens porte à croire qu'une personne menteuse est mal à l'aise. Or le comportement observé traduit généralement exactement le contraire (Kassin et al, 2004) ). Le menteur sait que s'il a l'air mal à l'aise il sera pris pour un menteur. La seule chose sur laquelle il se concentre. c'est d'avoir l'air sûr de lui. Alors que la personne qui dit la vérité, elle, ne pense pas à tout ça, si bien que si dans la vie de tous les jours, elle est plutôt  pataude ou empruntée, elle va avoir l'air d'une menteuse. 
Dans l'optique de ce même gros bon sens, on pense que le menteur ne regarde pas dans les yeux, alors qu'en fait il regarde davantage fixement son interlocuteur que celui qui dit la vérité ! (Kassin et Fong, 1999) 
Le menteur sait que s'il ne regarde pas son interlocuteur et  doute de ce qu'il dit, il risquera d'être démasqué, alors que la personne qui dit la vérité ne se pose pas toutes ces questions, et pour peu qu'elle soit introvertie, va avoir tendance à être prise pour une menteuse (Porter et Brinke, 2010). 

 

 

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Obama Romney ou Obama Mc Cain : Les six débats gagnés dés la poignée de mains

 

     Le seul débat perdu par Obama
    Romney tient l'avant-bras d'Obama

Il est dit que la première impression décide souvent de la nature d'une relation, et la plupart des auteurs s'accordent à dire qu'elle se fabrique dans les esprits en moins d'une seconde, c'est dire son importance. (1) 

Dans les débats politiques, un seul moment permet d'observer les leaders d'un seul regard, c'est le moment où ils se serrent la main.  Ensuite durant toute la durée du débat le regard du téléspectateur ira sans cesse d’un candidat à l'autre mais il n‘aura plus l’occasion de les embrasser tous les deux d’un seul coup d’œil. La poignée de mains filmée n'est donc pas un élément d'interprétation à négliger. 
 
Barack Obama a institué un nouveau code de communication à ce moment stratégique de la rencontre : le fait de toucher son adversaire avec l'autre main que celle de la poignée de mains dès la rencontre. Personne ne l’avait fait avant lui. Dans les premiers débats, les candidats étaient déjà assis au moment de la prise d'antenne de la  télévision. Ensuite dans la période des débats Bush-Clinton, ils ont commencé à se saluer debout sur le plateau en se serrant la main, mais  personne n'avait donc encore osé poser sa main sur le bras ou l'épaule de son concurrent et marquer ainsi son empreinte sur lui en début de rencontre. 
C’est avec le sénateur Mc Cain que Barack Obama, dès son premier débat a bousculé la règle qui voulait que les adversaires politiques ne se touchent pas. Trois fois durant les trois débats il posa la main sur l'épaule ou le bras de Mc Cain, et la laissa ainsi déposée sur lui, bien visible à l'œil de la caméra après que l'autre ait cessé de lui serrer la main. Il gagna les trois débats. La règle observée dans le monde animal, voulant que le dominant marque sa domination par son toucher prononcé, semblait pouvoir s'appliquer à l’être humain au grand plaisir de feu Charles Darwin.
 
Dans les débats l'opposant à  Mitt Romney, les sondages ont donné Barack Obama vainqueur à la fin du débat deux fois sur trois, et il resta la main déposée sur son adversaire, après que l'autre se fut retiré… deux fois sur trois.
Barack Obama a perdu le premier débat et c’est précisément lors du premier débat que Romney a gagné "le duel" des poignées de mains. Sur la première photographie en bas à gauche, M. Romney continue de tenir l'avant-bras de Obama, alors que celui s'est retiré.
Dans les deux débats suivants la situation s'est inversée. Obama lui même reconnaît avoir perdu ce premier débat.
 
 
Et les cours de communication alors.. !
 
Les codes de la dominance sont bien connus de tous les leaders qui ont tous pris nombre de cours de communication leur permettant de faire à coup sûr la meilleure première impression. Le seul problème c'est qu'ils ont tous pris le même type de cours et le vrai dominant reste et restera celui qui est le vrai dominant. Ce n'est donc pas en prenant des cours de poignées de mains que le leader s'affirmera, contrairement à ce qu'on chercherait parfois à nous dire. Mc Cain avait bien essayé de rivaliser sur la durée de la poignée de mains avec Obama, mais il est arrivé un moment où mal à l'aise il a éprouvé le besoin de se retirer, alors qu'Obama continuait à tapoter tranquillement son épaule. 
 
Il est intéressant de noter qu’un gagnant de débat peut très bien être identifié par un public  regardant le débat, le son de sa télévision, coupé.  
Du point de vue de l'orateur, L’argumentation est sans doute moins importante que la confiance qu'il développe. Sa confiance en lui colore son discours et c'est elle qui lui permet d'être reconnu comme vainqueur au terme de la joute verbale. 
 
 
 
(1) Bar,M, Neta,M andLinz, H. (2006) Very First Impression.  Emotion, Vol. 6, No. 2, 269–278

Tous les ministres qui tirent la langue ne sont pas mal élevés.

 
 
Montréal, dimanche soir 30 septembre, plateau de l'émission :  Tout le monde en parle.

Le ministre de l'économie du Québec, Nicolas Marceau est en entrevue face à l'animateur Guy.A.Lepage et à son complice Dany Turcotte. Certaines entrevues sont rythmées par une question clé,  au nom évocateur "La question qui tue "!  Et ce soir, aux alentours de 21h15, la question qui tue est pour Nicolas Marceau : 

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Pour arrêter de penser qu’on puisse décoder le mensonge à partir des émotions

En ce moment fleurissent sur l'internet des formations proposant de décoder le mensonge à partir des émotions. Soyons clairs, personne n'a jamais décodé le mensonge à partir des émotions et ceux qui prétendent le faire ont toujours refusé d'être testés dans un cadre scientifique universitaire (1) Certains organismes ou personnes espérant bonifier leur offre de décodage du mensonge en y ajoutant la grille classificatoire de la synergologie.  Mais là encore prenez les aux mots et faites leur décoder des mensonges, ils n'y parviendront pas à un niveau supérieur à celui du hasard. La grille classificatoire de la synergologie, ne sert pas à ça et l'utiliser en tant que telle n'a aucun intérêt.

Mentir ne fait pas naître d'émotions particulières. Et des émotions particulières peuvent naître sans que la personne ne mente. Aussi curieux que cela puisse paraitre si vous regardez une personne et la considérez comme une personne menteuse, vous allez faire apparaitre chez elle des items corporels observables d'ordinaire dans le mensonge, même si elle dit la vérité. C'est l'effet Pygmalion, bien connu de tous les professionnels de la relation. En fait la personne vous percevant comme suspicieux a le sentiment d'être suspectée et son langage corporel porte les traces de cette réalité.

Une autre difficulté se pose. Une fois qu'a été décodé ce qui pourrait ressembler à un mensonge, comment être bien assuré qu'il s'agit du mensonge que vous cherchez à repérer ?  comment être persuadé que la personne n'est pas en train de penser à autre chose qu'à ce que vous cherchez vous ?  Vous avez repéré des items de peur sur son visage, vous pensez qu'elle a peur d'être démasquée alors qu'en réalité elle a peur soudainement, parce qu'elle penser au cancer qu'on vient de lui dépister. Son visage traduit bien la peur pendant une seconde ou deux mais pas la peur d'être démasquée comme menteuse. Seule la compréhension de ce  qu'on appelle "la qualité de présence" permet de comprendre dans quel état elle est lorsqu'elle est en face de nous. Cette qualité de présence peut prendre six formes différentes et la grille classificatoire de la synergologie seule ne permet pas de comprendre. D'autres outils synergologiques sont nécessaires.

La synergologie ce n'est pas un répertoire d'items, ce n'est pas un bon petit soldat prêt au garde-à-vous à expliquer toutes les situations. La  synergologie  se construit à la jonction de trois réalités : un répertoire d'items, une théorie de la relation et une réflexion sur les états de présence. N'oublier qu'une de ces trois dimensions nous conduit à nous tromper sur le sens général de l'observation.

 
 
(1) Pour une critique ce type d'attitude : Bond, Ch (2007) F On Lie Detection “Wizards”  Law and Human Behavior, Vol. 31, No. 1, February 2007.
 
 

L’aile gauche du nez de Lucien Bouchard


Le contexte
 

À l'occasion de la sortie de son livre "Lettres à un jeune politicien", Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec, explique ici au plus jeune député de l'Assemblée Nationale jamais élu, Léo Bureau-Blouin (20 ans) qu'il faut "tenir compte de ce qui se passe dans la population...". Au moment précis où il emploie ces mots, il se gratte l'aile gauche du nez.

 

Pourquoi se gratte-t-il l'aile gauche du nez ?

 

L'ex premier ministre a répété toute la journée, lors de chaque entrevue réalisée: "un gouvernement ne doit jamais céder devant la rue", évoquant les manifestations de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le "printemps érable" au Québec.

Il conseille pourtant au nouvel élu qui a aussi été un des trois leaders étudiants de ce printemps érable: "Il faut tenir compte de ce qui se passe dans la population" Or,  ce conseil est en contradiction avec l'essentiel de ses déclarations de la journée. Avouons qu'il est difficile de dire du même souffle qu'il " faut tenir compte de ce qui se passe dans la population" et  "qu'il ne faut pas céder à la rue" (1). Car c'est bien la population qui est dans la rue…

 

Ce geste de  Lucien Bouchard, se gratter l'aile gauche du nez qui le pique, exactement au moment ou il emploie l'espression tenir compte de la population exprime la contradiction inconsciente de son discours. Cette microdémangeaison est typique et facilement  identifiable. (3mns 21 après le début de l'entrevue). Il se gratte en parlant, le cerveau a sans doute détecté cette contradiction du discours. (2)
 

Le fait de se gratter lui permet de détourner le regard, de se cacher subrepticement avec la main pour revenir dans son monde, évitant ainsi d'avoir l'air incohérent, face à son interlocuteur. Répétons que tout cela ne se fait pas consciemment. C'est plutôt procédural, c'est-à-dire automatique.

 

 

Cette microdémangeaison n'est pas liée au "mensonge". (3) L'ancien premier ministre  ne ment pas, il n'est simplement pas en phase avec ce qu'il a dit abondamment ici et là. En plus, il parle sur le ton du conseiller s'adressant au néophyte. Ce qui tombe assez mal…

 

 
 
 
 
 

(1) Propos tenus par exemple dans le journal de 22h00 de Radio Canada, face à Céline Galipeua le 12 septembre 2102.
(2) Evidemment les hagiographes de Lucien Bouchard nous expliqueront qu'il n'y a pas là de contradiction mais d'un point de vue strictement sémantique  il y a contradiction et d'ailleurs il se gratte précisément ici. Le cerveau a repéré la contradiction dont il n'a sans doute pas explicitement conscience, mais il se gratte…

(3) Si ca avait été un mensonge, c'est le dessous du nez qui aurait été piqué. Dans les bases de données (A_0_D_n_20_P2_56), ici c'est l'aile extérieure (A_0_D_N_3_P2_56)