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Les mots ne sont pas tout et le langage non verbal n’est pas rien

 
Cette phrase tirée d'un article de presse internet mérite de retenir un moment notre attention. 
 
Prendre le problème sous l'angle : "Si nous pouvions vraiment comprendre les gens sans recourir aux mots, il n'y aurait pas besoin d'apprendre les langues étrangères", c'est n'avoir pas compris ce qu'était le non verbal.  En fait c'est n'avoir pas compris comment se mettent en place  les interactions humaines. 
 

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The artist et l’universalité du geste.

La cérémonie des Oscars 2012 vient de se clore à Los Angeles et la palme d'or du meilleur film a été remise à un film muet.
Quiconque a vu ce film a eu le sentiment que l'histoire était facilement compréhensible sans langage verbal. Quiconque a vu ce film a également eu le sentiment qu'il était universellement compréhensible. 

 

Dans ce film français aucun geste "culturel" n'était repérable comme tel, et chaque personne dans son coin de planète, son coin de pays a eu le sentiment, s'il a vu ce film, de comprendre la totalité de l'intrigue.

 Du geste conscient de l'acteur au geste non conscient de la vie
 
Les attitudes corporelles "actées" sont des attitudes conscientes pensées par un auteur, mises en scène, puis jouées par des acteurs. Ce ne sont pas de ces gestes là que s'occupe la synergologie, pas des gestes conscients mais des émotions non conscientes que va traduire le corps au moment ou l'être humain est en action.  Mais si les gestes permettant la compréhension du film peuvent être décryptés sur une base universelle, pensez-vous vraiment que les messages neurophysiologiques que le corps et le cerveau vont s'envoyer et que l'être humain va traduire de manière non consciente par son langage corporel, seront moins universels ?
Les invariants du langage du corps sont universels. De multiples décodages vidéos réalisés à partir de visionnements de peuples divers nous en convainquent chaque jour. Mais pourquoi cette idée simple est-elle si difficile à faire passer dans l'opinion ?
Pourquoi l'idée qu'au delà des races humaines, une espèce humaine unifiée communiquant universellement ses émotions à partir de structures cérébrales communes façonnées depuis des centaines de millions d'années, est-elle si difficile à accepter…?

Nous y reviendrons.

 
 
 
 
 

Se faire entendre avec les mains !


On a cru pendant longtemps en accord avec les manuels de savoir-vivre qu'il ne fallait pas faire de gestes en parlant car cela traduisait un manque d'éducation. Celui qui faisait des gestes montrait par ce fait même qu'il avait de la difficulté à s'exprimer. Or nous savons aujourd'hui que c'est exactement le contraire qui se passe !

Les gestes ont un double avantage. Ils permettent d'abord à celui qui les effectue en parlant , de livrer des informations émotionnelles ou concrètes associées à la communication verbale, mais il y a plus important encore. Le cortex auditif gauche lorsque nous sommes au repos fonctionne à environ 40 hertz et pendant ce temps la zone corticale commandant les mouvements de la main est égale à 4 hertz. Or les personnes qui parlent avec les mains sont souvent plus faciles à comprendre parce que leurs gestes les conduisent à adopter un rythme syllabique voisin de 4 hertz, qui est plus facilement analysable par le cerveau des auditeurs ! (1)
 

Cherchez autour de vous un bon communicant qui ne fasse pas de gestes en parlant, vous verrez, c'est rare…!

Ce n'est sans doute pas un hasard si les gestes de la main et les fonctions cognitives associées au langage ont évolué en même temps dans des territoires cérébraux contigus l'un de l'autre. La locution "prendre la parole", ne dit pas autre chose…
 
(1) B. Morillon et al., "Neurophysiological origin of human brain asymmetry for speech and language", in Proc. Natl. Acad. Sci. USA., vol. 107(43), pp. 18688-93, 2010

Lorsqu’on met dix secondes à se rendre compte qu’on pense !

John-Dylan Haynes du centre de neurosciences de Berlin fit une curieuse expérience (1). Il assit des volontaires devant une table sur laquelle était placés deux boutons, un bouton rouge et un bouton vert. Il demanda aux participants de regarder les deux boutons, de prendre la décision d'appuyer sur un des ces deux boutons et une fois la décision prise, d'appuyer immédiatement. Ces personnes étaient reliées à un IRMf et face à cet IRMf un chercheur assistait à la scène en observant, lui, le cerveau en train de réagir sur un écran d'ordinateur. Ce chercheur observa que le cerveau avait pris sa décision environ 10 secondes avant que les personnes aient le sentiment de le faire spontanément ! Leur cerveau savait donc déjà depuis dix secondes ce qu'elles allaient faire dix secondes plus tard en pensant venir de le décider spontanément … !

D'autres expériences initiées depuis Benjamin Libet en 1983 préparaient déjà JD Haynes à cette observation. Évidemment cette expérience pose des questions relatives au libre arbitre. De quel arbitre disposons-nous si notre cerveau décide à notre insu dix secondes avant nous ?
Vous direz bien évidemment que notre cerveau c'est encore nous ! Mais si vous réfléchissez plus avant, vous vous rendrez compte que c'est un petit peu plus compliqué. Car ce que le cerveau sait, notre corps le montre lui et il le traduit donc parfois près de dix secondes avant que nous en ayons conscience. Celui qui sait décoder les messages du corps dispose lui de ces dix secondes pour vous faire renoncer à faire ce que vous vous apprêtiez à faire… sans que vous en ayez conscience.
Exemple :
Vous accompagnez votre compagne dans un magasin. Elle s'arrête devant un chandail aux couleurs chatoyantes. Ce chandail est trop bigarré pour qu'elle sache immédiatement si elle l'aime. Son corps, lui, montre qu'elle l'aime, parce que son cerveau sait qu'elle l'aime. Elle n'en n'a pas encore conscience.
Vous lui dites alors :
– C'est drôle j'ai vu ce même chandail porté par une personne tellement vulgaire…. Tu le trouves comment toi ?
En fait vous venez d'interférer sur le libre arbitre de votre compagne sans qu'elle en ait eu conscience. Vous transformez son jugement à venir à son insu même. En lui envoyant le message que le chandail est vulgaire, d'une certaine manière vous l'empêchez de le trouver joli. Alors que naturellement elle allait le trouver très à son goût dans quelques secondes…

Il y a des gens qui pensent encore que nous formons nos pensées au moment ou nous les formulons. Ne les réveillez pas trop vite, les gens réveillés trop brutalement sont toujours de mauvaise humeur..

(1)J.-D. Haynes et al., Decoding mental states from brain activity in Humans, in Nature Reviews Neuroscience, vol. 7(7), pp. 523-34, 2006 Compte rendu Cerveau et psycho, n°41 septembre-octobre 2010, pp-70-72.

Ressentir pour comprendre.

 
Le message blogue sur le botox a éveillé de nombreuses réactions d'adhésion ou de scepticisme, et dans tous les cas d'intérêt.
En fait, il semble difficile à imaginer que notre cerveau puisse stimuler des zones corporelles lorsque nous réfléchissons et que le feed back que nous renvoient ces zones corporelles nous permet de ressentir les choses, et donc de les comprendre. Et pourtant…
 
Dans le prolongement du message précédent, une neuropsychologue de l'université de St-Louis, Nicole Speer (1) a fait lire des passages tirés de récits d'aventures à des personnes volontaires et elle s'est aperçue que ces gens faisaient travailler la zone cérébrale en charge de celle du corps, par exemple, se mouvoir le bras si le héros se saisissait d'une arme… L'identification au héros n'était pas que purement intellectuelle , elle était aussi corporelle.
En réalité ce type de recherche aide à admettre que nos réflexions conscientes ne sont jamais purement intellectuelles, elles sont également physiques. Nous devons ressentir ce dont nous parlons pour le comprendre. C'est la raison pour laquelle, par exemple chez les mathématiciens, une zone cérébrale impliquée dans la production des émotions s'active lorsqu'on leur montre des chiffres ! ou que nous avons besoin d'activer les muscles zygomatiques pour comprendre le rire de l'autre…
 
Et la synergologie dans tout ca… car ces découvertes sont faites en apparence assez loin de l'univers de la synergologie. Peut-être pas tant que ça. Dans l'optique d'une vaste constuction d'une science de l'Etre humain, au lieu de montrer l'interaction entre une zone cérébrale et une zone corporelle, il est possible également de retourner le gant pour montrer que la zone corporelle observée est l'interface visible du cerveau !
 
Pour un synergologue une émotion qui ne se voit pas n'existe pas, et si l'émotion se voit, c'est toujours pour parler de la nature de nos pensées !
 
(1) Speer N et al. "Reading stories activates neural representations of visual and motor experiences", in Psychological Science, vol 2, p.989, 2009.

Intelligence, botox et émotions


Bouger les muscles du visage, même subrepticement, lorsque nous réfléchissons permet de mieux comprendre ce à quoi nous pensons !
Sans le savoir, les personnes qui se font injecter du botox permettent aux chercheurs d'établir la réfutabilité de cette théorie, c'est à dire de tester sa véracité en prenant son contrepied.

 

La toxine botulique est produite par une bactérie appelée Clostridium botulinum. Cette bactérie paralyse les muscles du visage dans lesquels elle est injectée. Le muscle devient alors atone et les rides qui pouvaient apparaître disparaissent le temps que dure la paralysie. Des chercheurs de l’Université du Wisconsin (*) ont injecté cette toxine au centre du front, à un groupe de jeunes femmes. Ils leur ont ensuite proposé de lire des textes simples qui suscitaient des émotions négatives, pour lesquelles le muscle corrugateur du front est actionné lorsque la tristesse la peur ou la colère sont ressenties. Ces chercheurs ont noté qu'elles mettaient davantage de temps à comprendre le sens des phrases lues et qu'elles perdaient entre 5 et 10 % du sens du texte.
Nous savons ainsi que si les rides apparaissent c'est parce que nous réfléchissons ! Dans ces moments nous cherchons inconsciemment à ressentir ce que nous évoquons pour le comprendre. En absence de ressenti, ce que nous entendons, lisons, pensons, et que notre cerveau enregistre n'a pas de sens. Nous ne le comprenons pas réellement.

Le corps est donc beaucoup plus impliqué que ce que nous croyions jusque là dans tout effort de réflexion. En synergologie les sceptiques disent parfois en évoquant les microdémangeaisons (traductions de désaccords émotionnels ) : "je me gratte même lorsque je suis tout seul !" Or nous ne sommes jamais tout seuls. Dès que nous réfléchissons, même seuls, nous sommes obligés d'émuler un monde intérieur fait de dialogues imaginaires et notre corps nous aide à ressentir ce que nous pensons pour donner du sens à ces dialogues. Même seuls nous sommes émus et nos traits se déplacent.

Est-il nécessaire d'ajouter que le moment privilégié ou les rides disparaissent est le moment du linceul, le visage totalement détendu par la mort… Un visage où les rides sont visibles et bougent est un visage traversé d'émotions, un visage traversé par la vie…

(*) D. Havas et al., in Psychol. Sc., vol. 21, p. 895, 201

Le geste et la parole…et la pensée dans tout ca …!

Nous savions déjà que les régions du cerveau décodant les mots écrits et prononcés étaient également les régions dans lesquelles le langage des signes (des sourds-muets) était lu (l’aire de Broca et l’aire de Wernicke). Dans une nouvelle étude, les chercheurs ont essayé de savoir si des gestes non-liés au langage étaient également décodés dans ces zones.
Pour l’expérience, ils ont utilisé des gestes faits par des mimes et des gestes appelés d’ «emblème» dont la signification est connue, tel le « V » de la victoire par exemple ( que les synergologues appellent gestes symboliques, gestes conscients et culturels) L’expérience a démontré qu'effectivement les aires du langage jouent également un rôle dans le décodage de ces gestes. Ces zones cérébrales seraient donc autant liées à l’interprétation des symboles qu'au déchiffrage des mots. L'aire de décodage du geste serait devenue une aire de décodage du mot au fil du temps.
Cette étude est passionnante (*) mais elle ne doit pas nous faire oublier que les gestes dont nous parlons ici sont des gestes conscients décodés consciemment. Les hypothèses synergologiques si elles sont justes devraient permettre de découvrir que d'autres aires davantage impliquées dans les émotions permettent de décoder ailleurs les gestes que nous faisons sans raison, par exemple lorsque nous parlons et que nos bras s'agitent dans l'espace apparemment sans préciser de message (les gestes projectifs).
Parce qu'au bout du compte, il est des situations dans lesquelles nous cherchons à faire croire quelque chose à l'autre et nous servons de gestes précis pour que l'autre comprenne… sans croire nous mêmes à ce que nous disons… Dans cette situation une composante explicite du geste dit une chose pendant qu'une autre composante implicite montre autre chose…
Pendant que des groupes de chercheurs cherchent à montrer à quel point le geste et la parole se confondent et tentent de remonter ainsi à l'origine de l'humanité, d'autres groupes travaillent à montrer au contraire à quel point ils ne se confondent pas et comment plus l'individu est intelligent plus il peut traiter de pensées contradictoires en même temps… !

(*) Francesco Foroni "Language That Puts You in Touch With Your Bodily Feelings", Psychological Science research findings, 2009.