Archives pour la catégorie Mécanismes cognitifs

La série américaine Lie to me : ce qui est et ce qui n’est pas de la synergologie.

 
 
La synergologie est souvent associée à la série américaine  Lie to me. Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série parce qu’elle traitait de langage corporel à partir des travaux de Paul Ekman, mais la comparaison s’arrête là.
Dans la série, dès le premier numéro, les auteurs expliquent que lorsqu’on ment on se gratte le nez, et ils montrent ainsi une image de Saddam Hussein dans cette attitude à son procès (la photo ci dessus)
Or nous sommes absolument formels, une personne ne se gratte jamais le nez lorsqu'elle ment, comme le fait là Saddam Hussein. Ce qui ne l’empêche pas d'avoir certainement  menti plus souvent qu'à son tour, mais ce n’est pas le propos.
La synergologie s'appuie sur un lexique corporel
 
En synergologie, avant d'attribuer une signification à une microdémangeaison (1), une nomenclature permet de recenser les zones du visage ou les gens se grattent, pour pouvoir ensuite  repérer concrètement de mêmes mouvements faits par des personnes différentes dans des contextes différents et les comparer.
 

 

Dans aucune des quatre situations illustrées dans l'image située en haut du blogue le mensonge n'est repéré.  Les personnes se grattent bien pour une raison identifiable, mais lorsqu'il s'agit de ce mouvement (A_0_D_N_2_P2)  ça ne sera JAMAIS le mensonge.

L'éthogramme synergologique repérant la totalité des attitudes corporelles signifiantes qu’elle inscrit dans une nomenclature (dans cet extrait les gestes d'autocontact sur le visage) est aujourd’hui la seule grille permettant un mode de référencement de toutes les catégories de gestes et d'attitudes corporelles.

Nous vous expliquerons dans un prochain message pourquoi cette microdémangeaison ne peut pas être reliée au mensonge.

 
 (1) Microdémangeaison : Démangeaison réalisée en l'absence de bouton ou d'inscription tégumentaire.
 
Attention : Ce n’est pas parce qu’une personne ou une théorie renvoie au langage corporel que c’est de la synergologie.  

 

Les photos présentées ici sont tirées d'émissions télévisées françaises et québécoises. 

La synergologie est-elle fiable ?

 
La synergologie est-elle fiable ?
 
Voila LA QUESTION incontournable. C'est même sans doute uniquement pour répondre à cette question que les messages de ce blogue succèdent les uns aux autres et que des synergologues partout dans le monde se questionnent, s'interrogent, travaillent, doutent, se forment.

Pour essayer de mesurer la fiabilité de la synergologie
  
Il faut d'abord se demander à quoi s'applique sa fiabilité. Au delà des définitions académiques, la synergologie essaie de comprendre ce que pense l'être humain à partir de ce qu'il ressent et traduit par son langage corporel. C'est donc autour des liens qu'elle tisse entre le langage du corps et la pensée que sera évaluée sa fiabilité.

 

 

La question peut d'ailleurs être tournée autrement : Comment faire parler le langage corporel ? (ça c'est facile, il suffit d'un peu d'imagination ) sans lui faire dire n'importe quoi (c'est plus difficile car il faut précisément éviter d'avoir trop d'imagination).
 
La synergologie repose sur une classification qui répertorie les attitudes corporelles humaines pour mieux les observer, les comparer et faire ensuite des propositions.
Lorsqu'un synergologue-chercheur observe un geste particulier, curieux, ou encore inhabituel, il découpe la vidéo dans laquelle il a observé cette attitude avec son contexte (30 secondes ) l'étiquette et l'intègre dans une base de données au côté de milliers d'autres vidéos déjà étiquetées. Il compare ensuite le geste qu'il a observé au même geste fait par d'autres personnes dans des contextes différents. Il essaie de voir s'il existe ds points communs entre tous ces gestes observés.

Ici, nous avons réalisé un tirage d'écran permettant de montrer le même endroit du visage "gratté" microdémangé par des personnes différentes (1).

Les images item par item

 

 

1. Les personnes se grattent toutes sous le nez.
2. Ces personnes se grattent sous la narine gauche  (il s'agit ici du tout premier mouvement)
3. Elles baissent toutes la tête pour le faire.
4. Leurs yeux partent en bas
5. Ils partent majoritairement à droite.
6. Elles se grattent majoritairement avec la main droite (en fait cette remarque est due à l'échantillonnage, car sur un grand nombre de vidéos, il faut noter qu'elles se grattent davantage avec la main gauche) (2).
7. Elles se grattent en interaction (en réagissant à des propos)
8.  Chacune de ces personnes parle d'elle au moment ou elle se gratte.
9. L'ambiance induite par le sujet abordé est tendue (9 fois sur 9). Il est possible de la qualifier de négative 8 fois sur 9

Résumé et proposition

Pour parler d'elles au moment ou elles se grattent, ces personnes baissent la tête et se coupent donc de leur interlocuteur. Leur main les protège. Leur regard part vers la droite comme c'est le cas lorsque nous nous projetons dans le futur plutôt que de nous réfugier dans le passé (autre validation d'item : (R_0_QUA_PE) Un non-dit s'est insinué entre ces personnes et leur interlocuteur et elles enjolivent la réalité dans une ambiance tendue, voire négative.

 

Pour que notre hypothèse soit crédible, il faudrait que les personnes qui se grattent sous le nez droit et ne parlent pas d'elles ( c'est-à-dire que la formulation ne soit pas organisée autour du "je").

 

Ce sera l'objet d'un prochain message blogue.

 

(1) Cette attitude est extraite des bases de données sous le code : A_0_D_N_20_P2.
(2) L'échantillonnage est dit non probabiliste, accidentel.

DSK : que révèle son non verbal ?

Dominique Strauss Kahn s'est expliqué dimanche soir en entrevue sur TF1 à propos de ce que le monde des médias appelle désormais  "l'affaire de la chambre 2806" du Sofitel où il aurait agressé sexuellement une femme de chambre à New York. Agression pas agression ? Doit-on le croire, pas le croire ? Lui accorder du crédit, aucun crédit ?

 
Son intervention au journal de TF1 face à la journaliste Claire Chazal  était sans aucun doute murement réfléchie, les propos bien ciselés, les formules choisies. Mais nous attendions-nous vraiment à autre chose ?
 
Essayons par contre de comprendre ce que le corps de Dominique Strauss Kahn,  au delà des circonvolutions verbales avait, lui, le besoin de nous dire.

 

Un détail sautait aux yeux : ses clignements de paupières :

 
Comme la vérité demande moins de ressources cognitives que le mensonge, lorsqu'une personne ment, elle a tendance à moins cligner des paupières que si elle dit la vérité. (1) Par voie de compensation, une fois le mensonge réalisé elle se libère en clignant davantage. (2)
 
Dans cette entrevue, il y a eu deux temps : sa vie privée et la situation européenne. Concentrons-nous ici sur le thème de la vie privée (3).  0.27 clignements à la seconde pendant l'échange contre 2.6 clignements à la seconde après avoir parlé. Dix fois plus ! Du jamais vu lorsque la personne dit la vérité (4).
 
Il faut noter également que lorsque la personne a fini de parler, généralement elle laisse la bouche entrouverte  ou légèrement fermée et elle clôt fortement la bouche lorsqu'elle ment. Ici la bouche est fortement fermée après les fins de phrase (voir la photo ci dessus). Une telle tension de fermeture dans la bouche à de si nombreuses reprises, encore du jamais vu en situation de vérité.
Dominique Strauss Kahn  reprend le thème du complot  : "…un complot nous verrons", il cligne 9 fois des paupières en 2.2 secondes, ce qui fait plus de 4 clignements de paupières à la seconde (!) la bouche bien scellée…
 
Alors, oui, il est possible que DSK dise la vérité, oui tout est possible et le mensonge ne serait être reconnu que s'il y avait des aveux ou des preuves matérielles claires, mais l'homme a, convenons-en , des manières bien à lui de dire la vérité…
 
 
(1) Kyosuke Fukuda : Eye blinks: new indices for the detection of deception International Journal of Psychophysiology 40, 239-245
 (2) Leal Sharon et Vrij Aldert Blinking "During and After Lying" J Nonverbal Behav (2008) 32:187–194 
(3) Le dialogue autour de deux thèmes bien différents nous a permis de contrôler nos variables. Nous nous apercevons qu'il y a eu 0.27 clignements par seconde sur l'épisode relevant de sa vie privée, pour 0.34 pour les thèmes européens soit près de 30 % de plus.Le thème européen étant un thème plus technique et compliqué, nous aurions pu nous attendre à voir le contraire
(4)  Pendant la prise de parole : 191 clignements / 686secondes   =     0.27 sec    Après la parole : 39 clignements de paupières / 15 secondes =   2.6 sec
 Il faut noter que la caméra revenant sur la journaliste à la fin de chaque intervention de DSK pour qu'elle lui pose des nouvelles questions, des clignements après la fin de la prise de parole ont forcément été omis.

Nafissatou Diallo fait la une.

On ne savait pas à quoi s'attendre, maintenant nous savons un peu mieux… un peu…
A lire certains médias, l'observation de la communication de Nafissatou Diallo nous amènerait à penser que nous sommes en face d'une actrice effectuant un numéro et si c'est une actrice et si c'est un numéro, c'est donc que c'est une menteuse.
L'observation attentive de son langage corporel débarrassée des clichés du type "elle pleure sur commande", "le balancier des fessiers permet de mesurer le niveau de sensualité d'une femme"… "primitive"…(1) , il faut quand même poser quelques jalons.

Cette entrevue télévisée, la seule que Nafissatou Diallo donnera sur le fond avant le procès à un média télévisuel, a été préparée. Préparée ca veut dire que Nafissatou Diallo, victime ou menteuse, s'est entendue dire par ses conseillers : Il va falloir convaincre l'Amériqueil va falloir décrire, qu'on puisse comprendre... laver votre honneur

Elle a ensuite été mise en confiance par la journaliste qui l'a elle même préparée à cette logique de "performance", cette dernière peaufinant son scoop. Et le langage corporel de Nafissatou Diallo est devenu un langage que les synergologues qualifient de "spectaculaire", (plutôt que spéculatif ou spéculaire).
Sur cette base, aux dires de sa gestuelle seule, il devient très difficile de savoir si elle ment ou si elle dit la vérité et en tous les cas de trancher de manière définitive.

Pour un spécialiste du langage corporel, savoir si quelqu'un ment ou dit la vérité lorsqu'il y a un véritable enjeu n'est pas très difficile, mais à une condition, celle d'avoir toutes les données du problème.
Prenons deux exemples, l'instant privilégié pour connaitre la vérité est le moment précis ou la question est posée, car certains micromouvements (qui durent moins d'une seconde) sont observables sur la personne interrogée, avant même qu'elle puisse composer une attitude. Or ici , systématiquement (comme dans presque toutes les émissions mesdames et messieurs les réalisateurs), lorsque la journaliste pose la question, la caméra est centrée sur… la journaliste.

Un autre bon indice consiste à voir comment se comportent les mains lorsque la personne communique entre les questions, ici le bandeau ABC cachait systématiquement les mains.

Pour savoir si quelqu'un ment ou dit la vérité sur les bases d'indices du langage corporel, il faut que la personne qui est interrogée, le soit par une personne spécialiste du langage corporel car elle saura rebondir et questionner immédiatement à partir des non congruences corporelles ou si ce n'est pas le cas, que le synergologue dispose de la totalité de l'entrevue filmée.

Dans cette affaire d'agression sexuelle présumée, les synergologues auront l'occasion de se prononcer encore, et même de trancher de manière très nette si des évidences corporelles se font jour, mais si pour le moment nous faisions, tous, appel à davantage de tempérance, pensez-vous que ce serait vraiment préjudiciable à la connaissance de la réalité des faits… ?

(*) Voyez à partir de la vidéo dont une image a été extraite, ce que la tristesse provoque systématiquement en termes de dissymétries du visage, le visage gauche plus fermé (pour faire écho à d'autres messages de ce blogue) . Il est certain qu'une bonne actrice peut fabriquer ce type d'item, une bonne actrice …

 

C’est au repos que le cerveau travaille le plus !

Dès qu'il est question de langage corporel une question revient souvent : "Lorsque je suis tout seul, il m'arrive de faire des gestes, de me gratter, croiser les jambes… alors que je ne suis pas en communication. Y-a-t-il une raison à cela et est-ce interprétable ?"
Cette question étant généralement elle-même suivie d'une autre question : "Est-il possible que parfois je ne pense à rien ?!"

Il est drôle de voir à quel point les gens croient que dès que nous sommes seuls les règles d'observation cessent d'avoir cours, un peu comme si lorsque nous étions seuls nous cessions de penser. Évidemment c'est un peu plus compliqué. De façon paradoxale c'est même sans doute exactement le contraire qui se produit ! car le repos semble entraîner dans le cerveau une consommation d’énergie, de glucose et d’oxygène supérieure à celle que celle nécessaire à la réalisation d’une tâche précise !!!

Dans une expérience ou un individu placé dans un IRM doit réaliser des tâches précises, entre deux temps de travail, au repos, son cerveau consomme davantage de glucose et d'oxygène que lorsqu'il oeuvre à l'accomplissement de ces tâches.(1)

Nous ne sommes jamais seuls car même lorsque nous ne sommes pas en communication, nous sommes traversés par des images que nous nous remémorons et que nous classons, réorganisons… en fait le corps d'une personne seule ne s'exprime pas moins que celui d'une personne en train de communiquer et il se décode exactement avec les mêmes règles. Car nous ne sommes pas moins joyeux, tristes, stressés ou détendus lorsque nous sommes en relation que lorsque nous sommes seuls et les critères de décodage de ces états sont toujours les mêmes.

(1) . Raichle, "Un cerveau jamais au repos", in Pour la Science, n°393, pp. 42-47, 2010.

Clignements de paupières et préférences électorales.


Lorsqu'une information effrayante est perçue, le corps émet des réflexes de défense avant même que nous ayons conscience du danger. Au titre de ces réflexes, nous clignons des paupières et la conductance électrique de notre peau est plus importante.

 

Une étude américaine a été réalisée dans l'objectif de croiser ce type de données avec des données sur les préférences politiques. Un bruit incongru était émis dans l'environnement de sujets observés et des images effrayantes projetées. Ces mêmes sujets avaient préalablement répondu à un questionnaire sur la préservation de l'identité nationale, l'augmentation du budget militaire, les mesures en faveur de la peine de mort …
Il s'est avéré que les personnes présentant des réflexes de défense physiologiques les plus calmes face aux perceptions effrayantes étaient également celles qui étaient davantage en faveur du pacifisme, l'aide aux personnes en difficultés, toléraient le mieux les rapports sexuels avant le mariage et étaient davantage en faveur de l'avortement (1)
En fait l'amygdale cérébrale fonctionnait avec davantage de vigueur chez les personnes les plus conservatrices, les plus protectrices face à l'environnement.

De là à dire que nous sommes prédéterminés par nos préférences cérébrales, il n'y a qu'un pas à franchir que nous ne franchirons pas. Il n'en reste pas moins vrai que c'est à notre cerveau conscient d'éduquer notre cerveau non conscient, un peu comme si l'être humain était double, deux pour le prix d'un deux , deux en un seul. Le bulletin de vote tenu par une main consciente imposée par l'activité non consciente de l'amygdale !

Or l'être non conscient peut, lui aussi, être observé en dehors de l'IRM. Car s'il était vraiment insaisissable, nous ne rougirions pas comme nous rougissons, nous ferions pas de gestes lorsque nous parlons, nos mains ne reviendraient jamais sur notre visage ou notre corps comme elles le font, nos pupilles ne se dilateraient pas comme elles se dilatent, tout cela le plus souvent en dehors de notre conscience…

Les règles de ce langage non conscient ne sont pas forcément toutes encore très claires. mais elles existent en revanche forcément…

(1)D Oxley et al., Science, Vol 321, p.1667, 2008

Ecriture et esthétique…

Dans une étude reprise par la Revue Cerveau et Psycho (1) , il est noté que les spectateurs des matchs de football (soccer) trouvent plus beaux les buts marqués depuis la gauche du terrain que ceux marqués depuis la droite. Cette recherche note en outre que ce phénomène est inversé dans les pays arabes ! Nous sommes ainsi amenés à nous demander si notre sens esthétique ne pourrait pas être influencé par nos apprentissages de base et notamment le mouvement de l'écriture.
En synergologie , l'observation des gestes dans l'espace nous a convaincu depuis longtemps de cette réalité esthétique liée à l'apprentissage de base de l'écriture. Lorsqu'un être humain fait, tout en parlant, des gestes dont la direction inconsciente semble aléatoire, ils ne sont pas faits par hasard, et ne traduisent pas les mêmes réalités, loin de là, selon qu'ils sont faits à gauche ou à droite de l'espace. Un synergologue, "son coupé" en regardant ou se promènent les mains dans l'espace peut prédire si les propos énoncés au moment ou est effectué le geste, évoquent plutôt le passé ou le futur, et plus intéressant encore, si ces propos expriment un vocable positif ou négatif. Il est dit alors qu'une logique neurosymbolique (2) préside à la direction du geste. Et là aussi la direction des gestes est effectivement inverse, lorsque les gestes sont le fait de personnes issues de peuples araméens. (3)

 

Le rôle de l'écriture semble donc tenir un rôle manifeste dans la structuration de l'inconscient liant le mot et le geste, appelé pour la circonstance "projectif". Et là ou la plupart des gens diront "écoutez bien ce qui je dis" ce n'est sans doute pas un abus de langage d'ajouter également : "mais surtout regardez bien ce que je dis !"

(1)Kranjek Alexandre : Cerveau et Psycho, sept-oct 2010 P.7
(2) Turchet Philippe, Le langage universel du corps, Ed de l'homme 2009. 372 pages.
(3) Aiouaz Rabah : Conscience de soi et synergologie. Revue de Synergologie, 1, pp.35-60.

 

La mauvaise humeur a des vertus !

Des messages à la mode, formes de paradigmes populaires, traversent toutes les sociétés. Parmi ces messages, dans les sociétés aussi bien occidentales qu'asiatiques, il y en a un que vous avez forcément entendu : "Si tu n'es pas de bonne humeur, force-toi à sourire et tu verras, tu vas finir par avoir réellement envie de sourire !" Ce message social de bonne humeur a été testé scientifiquement et il fonctionne bien. Sourire donne envie de sourire.
Maintenant prenons le message autrement et évaluons le sourire à la lueur des émotions primaires. Lorsque nous passons en revue les émotions primaires présentes dès les premiers mois de la vie, à savoir la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise, le dégout, nous nous rendons compte que cinq sur six de ces émotions (en fait 4 1/2 , car la surprise peut aussi être bonne !) sont des émotions négatives. Si les émotions sont nécessaires à la survie, pourquoi donc tant d'émotions noires ?!
En fait diverses recherches tendent à démontrer que les personnes d'humeur négative ont souvent de meilleures capacités de mémorisation. Elles sont en outre moins facilement influençables. Leur esprit critique éveillé les rend de fait plus lucides. (1)
Il est noté également que les personnes les plus maussades sont plus critiques vis-à-vis à vis d'elles-mêmes et que ce trait de caractère les amène à prendre davantage leurs responsabilités. (2)

Le message synergologique n'a jamais été comportementaliste. Les enseignants de la discipline ont toujours refusé le sempiternel : Ouvrez votre corps pour montrer à l'autre que vous êtes ouvert… ! ou encore : Souriez vous aurez l'air heureux… ! ou bien : Bombez le torse vous aurez l'air plus sûr de vous !… ; et comme pour faire écho au refus du comportementalisme, ce que sous-entendent ces nouvelles études, c'est qu'avoir l'air de bonne humeur à tout prix, n'est sans doute rien de moins que de se mettre dans une posture…. souriante mais peu lucide manquant d'esprit critique, bref une posture… d'imbécile heureux…. !!!
Car lorsque nous sommes de mauvaise humeur c'est quand même parce qu'il y a une raison à ça. Une raison que nous nous masquons à nous-mêmes en prenant la posture désinvolte de la personne heureuse. Gênant vous ne trouvez pas…

Mais aussi plein d'espoir pour celui, celle, qui chercheront à se rapprocher d'eux-mêmes, en essayant de mieux comprendre, plutôt que de fuir pour essayer de devenir, à tout prix , quelqu'un d'autre…

(1) J. Forgas et al., Can bad weather improve your memory. An unobtrusive field study of natural mood effects on real-life memory, in Journal of Experimental Social Psychology, vol. 45, pp. 254-7, 2009. J. Forgas et al., Mood effects on eyewitness memory. Effective influences on susceptibility to misinformation, in Journal of Experimental Social Psychology, vol. 41(6), pp. 574-88, 2005. Paul W. andrews and J. anderson thomson, Jr., The Bright Side of Being Blue: Depression as an Adaptation for Analyzing Complex Problems. in Psychological Review, Vol. 116, no. 3, pages 620– 654; July 2009.

(2) Paul W. Andrews and J. Anderson Thomson, Jr. Depression’s, Evolutionary Roots, Perhaps depression is not a malfunction but a mental adaptation that brings certain cognitive advantages, Scientific American mind, Jan-feb 2010, pp-56-61.

Lorsqu’on met dix secondes à se rendre compte qu’on pense !

John-Dylan Haynes du centre de neurosciences de Berlin fit une curieuse expérience (1). Il assit des volontaires devant une table sur laquelle était placés deux boutons, un bouton rouge et un bouton vert. Il demanda aux participants de regarder les deux boutons, de prendre la décision d'appuyer sur un des ces deux boutons et une fois la décision prise, d'appuyer immédiatement. Ces personnes étaient reliées à un IRMf et face à cet IRMf un chercheur assistait à la scène en observant, lui, le cerveau en train de réagir sur un écran d'ordinateur. Ce chercheur observa que le cerveau avait pris sa décision environ 10 secondes avant que les personnes aient le sentiment de le faire spontanément ! Leur cerveau savait donc déjà depuis dix secondes ce qu'elles allaient faire dix secondes plus tard en pensant venir de le décider spontanément … !

D'autres expériences initiées depuis Benjamin Libet en 1983 préparaient déjà JD Haynes à cette observation. Évidemment cette expérience pose des questions relatives au libre arbitre. De quel arbitre disposons-nous si notre cerveau décide à notre insu dix secondes avant nous ?
Vous direz bien évidemment que notre cerveau c'est encore nous ! Mais si vous réfléchissez plus avant, vous vous rendrez compte que c'est un petit peu plus compliqué. Car ce que le cerveau sait, notre corps le montre lui et il le traduit donc parfois près de dix secondes avant que nous en ayons conscience. Celui qui sait décoder les messages du corps dispose lui de ces dix secondes pour vous faire renoncer à faire ce que vous vous apprêtiez à faire… sans que vous en ayez conscience.
Exemple :
Vous accompagnez votre compagne dans un magasin. Elle s'arrête devant un chandail aux couleurs chatoyantes. Ce chandail est trop bigarré pour qu'elle sache immédiatement si elle l'aime. Son corps, lui, montre qu'elle l'aime, parce que son cerveau sait qu'elle l'aime. Elle n'en n'a pas encore conscience.
Vous lui dites alors :
– C'est drôle j'ai vu ce même chandail porté par une personne tellement vulgaire…. Tu le trouves comment toi ?
En fait vous venez d'interférer sur le libre arbitre de votre compagne sans qu'elle en ait eu conscience. Vous transformez son jugement à venir à son insu même. En lui envoyant le message que le chandail est vulgaire, d'une certaine manière vous l'empêchez de le trouver joli. Alors que naturellement elle allait le trouver très à son goût dans quelques secondes…

Il y a des gens qui pensent encore que nous formons nos pensées au moment ou nous les formulons. Ne les réveillez pas trop vite, les gens réveillés trop brutalement sont toujours de mauvaise humeur..

(1)J.-D. Haynes et al., Decoding mental states from brain activity in Humans, in Nature Reviews Neuroscience, vol. 7(7), pp. 523-34, 2006 Compte rendu Cerveau et psycho, n°41 septembre-octobre 2010, pp-70-72.

Faire la sieste pour faire progresser la recherche


Savez-vous que placés en position couchée, nous cessons de faire travailler certaines zones de l’hémisphère gauche normalement stimulées par la colère, et que la colère s'atténue. Ces zones sont situées dans le cortex frontal gauche. (1)
Cette observation présente plusieurs intérêts. La première est de nous permettre de comprendre que le siège des émotions négatives ne se situe pas dans l’hémisphère droit , comme auraient tendance à le dire Richard Davidson et Paul Ekman (2).
En synergologie il apparait assez évident que des émotions positives sont générées depuis l’hémisphère droit, cela semble être le cas notamment de tous les états amoureux, et de manière plus générale des états lascifs positifs hypotoniques. A ce titre la synergologie se rapproche davantage de théories (3) refusant d'enfermer les émotions dans un siège cérébral .
L’autre intérêt de la découverte d’Harmon Jones est intellectuellement encore plus stimulant. Elle permet de comprendre que le cerveau moteur est précurseur d'activités cérébrales émotionnelles qui ne se sont pas encore produites mais qu’il est déjà possible d’observer !
Dans le cas décrit, il est possible en regardant la personne couchée de dire que sa colère est en train de s’estomper alors qu’elle, elle n’en n’a pas encore conscience !

 

Vous l’aurez bien compris un synergologue n’a pas de compétences spécifique pour parler du siège cérébral des émotions, mais il peut entrer en revanche en force de proposition lorsqu’il s’agit d’observer les émotions. Car à partir de la partie du visage ou du corps mise en mouvement, il est toujours possible de revenir à l’hémisphère cérébral impliqué.

Avouez que de telles observations devraient nous donner le désir de faire attention davantage à notre interlocuteur et décupler nos capacités d’attention et d’écoute…

(1) Harmon Jones E., Peterson. C., Supine body position reduces neural responses to anger evocation, Psychological Science, vol 20., p.1209, 2009
(2) Davidson, RJ., Ekman, P., Saron, C.D., Senulis, J.A. et Friesen, W.V. (1990). Approach withdrawal and cerebral asymetry : Emotional expression and brain physiology. Journal of personnality and social psychology, 58, 330-341.
(3) Derryberry, D. et Tucker, D.M. (1992). Neural Mechanisms of Emotion. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 60(2), 329-338