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Le visage gauche est considéré comme le plus beau aussi bien par les hommes que par les femmes.

Kelsey Blackburn et James Schirillo ont fait une expérience vraiment  riche (1). Ils ont montré à dix hommes et dix femmes le visage de 37 inconnus pris en photos de profil. La photographie présentée au dessus est tirée de leur article. Ils se sont rendus compte en mesurant le diamètre de la pupille des observateurs  que ces vingt personnes, les hommes comme les femmes préféraient la partie gauche du visage observé. Ils ont inversé sur certaines séries de photos, le visage gauche et le visage droit, et se sont rendus compte qu'ils préféraient alors le visage droit. En fait toujours le visage gauche car les photos étaient inversées.
 
Droite, gauche et visage.
Nos observations faites en conditions éthologiques montraient  que les êtres humains ont tendance à projeter davantage la partie gauche de leur visage lorsque la situation de communication est agréable et l'hémivisage droit lorsqu'ils se méfient  (2). Ces observations font suite à celles d'autres auteurs montrant que les hémivisages gauches sont plus mobiles et font davantage passer les émotions (3),  et ce depuis la mère avec son nouveau né, jusque dans la communication humaine et vraisemblablement la communication simiesque.

Certains auteurs ont tendance à penser que c'est le désir d'envoyer l'information dans les aires de l'hémisphère droit du cerveau, plus émotionnel, qui serait producteur de ce phénomène (4) , alors que les observations synergologiques nous portent davantage à dire que la personne se mettrait en situation, non pas de recevoir l'information, mais plutôt de projeter elle même la partie gauche de son visage en avant lorsqu'elle est dans des dispositions d'ouverture. L'hémisphère droit serait moins impliqué que le tronc cérébral dans cette opération. l'observation de personnes aveugles de l’œil gauche regardant la personne la partie gauche de leur visage mise en avant dans des situations positives, plaidant pour cette construction théorique.

Nous savions déjà que le visage gauche semble plus expressif que le visage droit (5). Mais rien ne permettait de dire que cet hémi-visage était perçu comme plus beau Pourtant dans la vie de tous les jours, lorsqu'il fait des photographies, deux fois sur trois le photographe se trouve face à des personnes dont le visage légèrement désaxé, rend la partie gauche plus visible (6). Difficile de savoir ce qui se cache derrière ce hasard sur lequel l'expérience Blackburn Schirillo ne permet pas de conclure. Mais hasard ou non, deux fois sur trois les personnes montrent bien leur plus beau visage !

(1) Blackburn, K. Schirillo, J. (2012) Emotive hemispheric differences measured in real-life portraits using pupil diameter and subjective aesthetic preferences Exp Brain Res, DOI 10.1007, Springer-Verlag, 8 p.
(2) Turchet, Ph. Le langage universel du corps, Ed de L'homme, 2009.

(3) Skinner, Mullen : Facial asymetry in Emotional Expression, a métanalysis of research, British Journal of Psychology, 30, 91, pp 113-134.
(4) Gilbert, C. Bakan, P. (1973) Visual asymmetry in perception of faces, Neuropsychologia 11:355–362.
(5) Borod, JC. Haywood, CS. Kov, E. (1997) Neuropsychological aspects of facial asymmetry during emotional expression: a review of the normal adult literature. Neuropsychol Rev 7:41–60
(6) McManus IC (2005) Symmetry and asymmetry in aesthetics and the arts. Eur Rev 13(2):157–180

 

 

 

 

François Hollande : l’art de programmer la spontanéité.

 
 

Au cours du débat du 6 mai, François Hollande permit à la France qui ne le savait pas, de découvrir ce qu'était une anaphore, cette figure de style consistant à commencer une phrase par les mêmes mots.

Il scanda 16 fois, "Moi président de la république…"  présentant sous une forme originale sa conception de la fonction de président.
Certains ont trouvé ça très réussi, d'autres ont moins aimé, mais tous ont reconnu à cette occasion que le candidat était brillant.
Il convient de se demander si cette éloquence était spontanée…et elle ne pouvait pas l'être.
"Moi président de la république…" une allocution préparée
 

Une analyse attentive du langage corporel de François Hollande nous conduit à pouvoir affirmer que ce moment du débat ne pouvait pas être spontané. Il avait été préparé.

 

Ce, pour plusieurs raisons conjuguées

1. D'abord parce que François Hollande qui avait l'habitude de regarder systématiquement Nicolas Sarkozy dans les yeux avant d'attaquer chaque phrase (Image 1), s'est mis au moment ou il a commencé à dire : "Moi président…" à détourner son regard et ce durant les 16 moments d'anaphores (image 2).

En évitant son regard, il pouvait ainsi mieux se concentrer pour retrouver, réciter, ce qu'il avait préparé. D'ailleurs, aussitôt qu'il a cessé de dire "moi président de la république", il s'est remis à regarder Nicolas Sarkozy

2. Ensuite, parce que ses yeux partaient à gauche dans l'espace. C'est à cet endroit qu'ils se portent lorsqu'on cherche un évènement passé ou appris. Comme il parlait de son futur de président  nous aurions pu nous attendre à ce qu'il regarde à droite. Ce qu'il fit par ailleurs régulièrement en évoquant le futur, dans le débat.  Mais pas là.

3. Également parce que François Hollande clignait énormément des paupières dans ses débuts de phrase. Il mobilisait ses ressources cérébrales, pour rappeler l'information. 

 

 François Hollande est connu pour avoir une bonne mémoire et Nicolas Sarkozy a, ici, fait les frais de la qualité de mémoire du nouveau président de la république. 

Le  fait qu'un si long texte ait pu être appris et inséré, ailleurs qu'en introduction ou en conclusion d'un débat télévisé de grand prestige, constitue certainement une  première. 
Il n'est pas certain que cela se soit déjà vu dans aucun grand pays occidental. Preuve que même la spontanéité se prépare…

Quand François Hollande remercie Nicolas Sarkozy

 
 
 
Le 6 mai, lors de son premier discours de président, François Hollande a remercié Nicolas Sarkozy. Au moment précis ou il parlait de lui, en disant :

"Nicolas Sarkozy qui a dirigé la France pendant 5 ans et qui à ce titre mérite tout notre respect" 

Nous lui avons vu faire un geste (voir image au dessus) qu'il ne fait jamais d'habitude, un geste qui ne fait pas partie du patrimoine corporel de François Hollande, mais qui est par contre le geste le plus fréquemment réalisé par  Nicolas Sarkozy en discours, un geste qui d'une certaine manière le définit visuellement.
François Hollande pensait à Nicolas Sarkozy dont il parlait et il effectuait le  geste qui définit le mieux Nicolas Sarkozy. C'était évidemment non conscient de sa part.

Il ne reparlera pas de Nicolas Sarkozy durant toute la durée du discours, et il ne refera pas non plus ce geste durant le quart d'heure de discours qui suit.  Alors Pourquoi ce geste ?

 
François Hollande remerciait Nicolas Sarkozy en mimant Nicolas Sarkozy lui-même !

Cette attitude était absolument inconsciente, n'en doutons pas. Elle représente ce qu'on appelle un idéogramme verbo-moteur. 

Lorsque nous parlons d'une personne, elle ne revient pas de manière théorique dans notre esprit. Elle revient avec toute sa corporéité et nous avons tendance à épouser de manière très schématique son attitude, lorsque nous parlons d'elle. Elle nous apparait en action, enaction aurait dit Francisco Varela.
 
Dans l'imaginaire de François Hollande, l'index et le majeur fermés en pince ascendante, sont sans doute l'attitude corporelle qui représente le mieux Nicolas Sarkozy.  C'est sans doute sous cette forme qu'il existe dans son esprit lorsqu'il l'imagine en discours, la représentation de lui qu'il retient en action, et l'image qu'il laissera de lui, à l'insu de son plein gré, dans l'exprit nouveau président français élu.
 
 
 
 

Débat : hypervigilance et détente intérieure de François Hollande

 
Durant le débat du 2 mai, François Hollande a mis près de 60 minutes avant de commencer à cligner des yeux en fermant totalement ses paupières. Ce qui veut dire que durant la première heure du débat, au moment ou les yeux clignaient pour se clore, ils ne se fermaient pas totalement.  Au plus fort de leur fermeture les yeux restaient ouverts, ce que nous voyons sur la photographie agrandie à l'en-tête du blogue. 
C'est la vigilance, l'hypervigilance qui produit ce réflexe chez certaines personnes.
 La clôture des paupières

A partir du moment ou dans le débat, Francois Hollande s'est mis à gagner en sérénité, il s'est mis alors à clore totalement des paupières. Cette détente intérieure a commencé à apparaitre après la première heure de débat. 

François Hollande s'est mis alors à terminer ses phrases en montrant sa langue à son adversaire. Ce qui n'est pas habituel dans sa communication non verbale non consciente et exprime une forme de contentement.  Voir message blogue du 2 mai (Pourquoi François Hollande semble avoir gagné le débat).

Ce sont tous ses petits signaux très inconscients qui nous permettent de dire que le candidat, dans son esprit,  était en train de gagner le débat.  Ce qu'ont dit également les sondages le lendemain et qu'il a lui même confié aux médias après le débat.

La détente  intérieure peut se lire à des items corporels, elle s'identifie à partir de critères corporels très inconscients, mais très visibles pour qui apprend à aller les regarder.

Alexithymie et communication non verbale.

Bien que le terme alexithymie, apparu d'abord dans la littérature anglo saxonne en 1973 (1) et soit relativement peu connu dans le grand public, le trouble auquel il correspond est un trouble aisé à identifier parce qu'il touche entre 10 et 15 % de la population : (2) 
La personne alexithymique souffre d'un trouble la conduisant à avoir de la difficulté à comprendre les émotions.
Cette personne ressent bien les sensations corporelles qui sont à l'origine de l'émotion, mais ces sensations corporelles ne prennent pas de coloration émotionnelle :

– " Comment te sens-tu ?
– Je ne sais pas, j'ai une boule dans la gorge…
– C'est agréable, désagréable ?
– Je peux pas dire, c'est une boule dans la gorge…"

C'est comme si les émotions chez les alexithymiques n'accédaient pas à la conscience. (3) Les spécialistes parlent d'ailleurs parfois de cécité émotionnelle.  

Une échelle de mesure de l'alexithymie

Des spécialistes canadiens Taylor, Ryan, et Bagby (4) ont développé une échelle permettant de mesurer l'alexithymie.
Trois facteurs permettraient de l'identifier :

  • La difficulté à faire la distinction entre les sentiments et les sensations corporelles de l'excitation émotionnelle;
  • La difficulté à décrire les sentiments d'autrui;
  • Une pensée opératoire excluant les détails rappelant l'émotion.

Il n'est pas impossible de penser, comme l'ont montré plusieurs recherches, que le déficit de verbalisation du milieu parental, n'aide pas les enfants à identifier et reconnaitre ensuite des émotions, dont on ne leur a pas parlé, et qu'on ne leur a pas appris à reconnaitre. Mais ce mode d'explication ne suffit pas à lui seul à exprimer la réalité de l'alexithymie. Il est également possible que ce soit un mécanisme de défense permettant de se mettre à l'abri de la souffrance. Des mécanismes neurologiques permettraient d'expliquer l'alxithymie sans que l'on sache exactement si ces mécanismes seraient une cause ou une conséquence du parcours émotionnel des alexithymiques
Évidemment les alexityhmiques sont peu empathiques, car ne reconnaissant pas leurs propres émotions, ils éprouveront de la difficulté à attribuer des émotions aux autres. (5)

Nos gestes ne nous trahissent pas

 A l'heure ou le discours ambiant a tendance à dire que nos gestes nous trahissent, nos émotions nous trahissent, et qu'il faudrait se tenir loin de ce qui concerne la meilleure connaissance de tous leurs processus d'observation, il existe une autre école, plus humaniste. Cette école consiste à penser que lorsqu'on à appris à reconnaitre les émotions parce qu'on a appris à les observer sur l'autre, on se rapproche de lui parce qu'on le comprend mieux. On se rapproche également de soi parce qu'on apprend à identifier, à partir de l'autre, des  états que l'on peut développer, reconnaitre, apprivoiser, chez soi. 

Nos émotions ne nous trahissent pas, nos gestes ne nous trahissent pas, donner à lire à l'autre notre bagage corporel, c'est aussi lui proposer des lunettes pour mieux nous comprendre. 
Apprendre à observer c'est apprendre à comprendre,  apprendre à développer des ressources collaboratives, des ressources humaines, sans jeu de mots.

(1) Sifneos,PE (1973). The prevalenceof 'alexithymic' characteristics in psychosomatic patients. Psychotherapy and Psychosomatics,22,255-262
(2) S. Berthoz et al., (2011) Alexithymia from the social neuroscience perspective, in The Handbook of Social Neuroscience, sous la direction de J. Decety et J. Cacioppo, Oxford University Press.
(3) L. Pouga et al., (2010) Individual differences in socio-affective skills influence the neural
bases of fear processing : the case of alexithymia, in Human Brain Mapping, vol. 31(10), pp. 1469- 1481,
(4) Taylor,GJ. Ryan,DP, et Bagby, R.M. (1985) Toward the developmentof a new self-report alexithymia scale. Psychotherapy andPsychosomatics,44,191-199
(5) Cosnier, J. (2006), Psychologie des émotions et des sentiments “ Réed Retz : Paris.

"Une bonne première impression" : entre mythe et réalité.

Dans les conseils qui sont prodigués à toutes les personnes qui doivent passer des entretiens, revient toujours la sempiternelle rengaine : "il est important de faire une bonne première impression "
Des intervenants avides de donner des conseils "d'expert" se chargent d'expliquer à la personne qu'ils ont la charge de préparer à "faire une bonne impression", toute l'importance de la communication non verbale.  Et dans l'ordre des conseils, reviennent les rituels, se tenir bien droit, (à l'interlocuteur de comprendre ensuite toute la subtile différence entre se "tenir droit" et se se "tenir bien droit") sans être rigide évidemment. Il s'agira ensuite  d'avoir un regard franc, c'est-à-dire regarder bien droit dans les yeux. Certains "experts" se hasardent même dans la foulée à  expliquer qu'une bonne poignée de mains doit être ferme et vigoureuse.
Mais, au passage, comme tout le monde a bien appris par cœur à se tenir bien droit, à bien regarder dans les yeux et à bien avoir une poignée de mains bien ferme,  ces indices du désir de communiquer finissent par ne plus rien signifier du tout. 

 

Moins de deux secondes 

En revanche, pour ce qui est de la bonne impression, ce qu'oublient de dire les experts en question, c'est qu'une "bonne première impression" se fabrique en moins de deux secondes !

Les premières expériences dans ce domaine datent de 1992 et elles n'ont pas été démenties depuis.
Dans une expérience chargée d'abord d'évaluer l'importance  du langage non verbal, on demanda à des étudiants, à partir de vidéos, d'évaluer, durant 30 secondes,  leurs assistants d'enseignement en début d'année scolaire. On leur demanda ensuite en fin d'année scolaire leur avis sur ces mêmes enseignants. Des taux de corrélation de près de 0.8 c'est à dire de près de 80% furent relevés.
La même expérience fut réalisée alors avec un autre groupe, mais cette fois-ci, le clip vidéo visionné dura deux secondes (!) et les corrélations importantes furent relevées une fois encore. (1)

 

Alors si au lieu de se "programmer"

Alors si au lieu de se "programmer" pour le regard franc, le sourire sincère , la  poignée de mains juste , la véritable détente intérieure, autant d'atouts nécessaires à livrer à une vraie performance, nous oubliions un peu tous ces conseils pour être simplement présents à ce qui se passe, parce que simplement nous considèrerions que les choses ont un sens, pensez-vous que nous serions nécessairement moins performants….?
 
Ne me dites pas que c'est que ce que les recruteurs, négociateurs et autres médiateurs et gladiateurs attendent, parce que ce qui est certain c'est que des regards francs, des sourires sincères , des  poignées de mains justes , des véritables détentes intérieures, ils en éconduisent suffisamment pour être prêts à être surpris  par quelque chose de moins acté et plus sincère.
D'autant que de toute façon, passées les deux premières secondes, il est déjà trop tard pour faire une bonne première impression.

 
(1) Ambady, N. et Rosenthal, R. (1993) Half a minute : Predicting teacher evaluations from thin slices of nonverbal behavior and physical attractiveness. Journal of Personality and Social Psychology, 64, 431-441.
Ambady, N., Rosenthal, R. (1992). Thin slices of expressive behavior as predictors of interpersonal consequences: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 111, 256–274.
 
 
 
 
 
 

Des guêpes et des hommes.

Les guêpes dites Polistes fuscatus reconnaissent les visages de guêpe lorsqu'on leur présente des photos (!)
Si on les place dans un couloir électrifié et un couloir non électrifié et qu'on leur présente deux visages de guêpe, elles iront ensuite vers celui qu'elles ont croisé dans le couloir non électrifié. (1)

Se reconnaitre d'antenne à antenne ou d’œil à œil

Chez la guêpe, il semblerait que les antennes jouent un rôle déterminant pour reconnaitre l'autre guêpe. Sur les photos lorsque les antennes sont retouchées, les guêpes ont davantage de difficulté à reconnaitre le visage de guêpe qui leur est présenté sous format papier. Chez l'Être humain, ce sont les yeux qui jouent ce rôle et notamment l’œil droit (2). Les êtres humains normaux reconnaissent le visage de l'autre en 200ms en se concentrant sur les yeux.
Les personnes prosopagnosiques qui, elles, ont de la difficulté à reconnaitre les gens, se concentrent sur la bouche.(3)  Tous ces mécanismes sont non conscients.
Reconnaissance faciale et émotions

L'exemple de la guêpe montre que la pression de la sélection est suffisamment forte pour que des animaux qui sont placés bien en deça de l'être humain, dans la chaine de l'évolution, aient mis en place des mécanismes de reconnaissance faciale efficaces dans des cerveaux à priori beaucoup plus archaïques. 

Mais il y a autre chose encore. Si la guêpe fait la différence entre une de ses consœurs remarquée dans un environnement agréable et l'autre aperçue dans un environnement désagréable, à partir d'une photographie (sans odeurs ni sons donc), c'est qu'elle possède des compétences pour décoder les messages des visages.
Lorsque de telles compétences non verbales sont évoquées chez l'être humain c'est pour expliquer l'échange d'émotions, utile à la survie.

Il ne s'agit pas de dire que les guêpes reconnaissent des émotions et encore moins qu'elles socialiseraient grâce aux émotions échangées de visage à visage, mais elles reconnaissent des visages de guêpe, les discriminent en faisant la différence entre un visage repéré dans un environnement hostile et l'autre non, gardent cette information en mémoire, et sont capables de la réutiliser…

Avouons que tout à coup, nous tirerions bien une chaise à la guêpe dont nous pensions jusque là, qu'elle tournait stupidement autour du pot de confiture, pour qu'elle nous dise ce qu'elle pense de tout ça.

 
(1) Sheehan,M.J, Tibbetts E.E (2011) Specialized Face Learning Is Associated with Individual Recognition in Paper Wasps, Science 2 December : Vol. 334 no. 6060 pp. 1272-1275.
(2) C. Schiltz et al Impaired face discrimination in acquired prosopagnosia is associated with abnormal response to individual faces in the right middle fusiform gyrus, in Cerebral Cortex, vol. 16, pp. 574-86, 2006.
(3) R. CALDARA et al., Does prosopagnosia take the eyes out from faces ? Evidence for a defect in the use of diagnostic facial information in a brain damaged patient, in Journal of Cognitive Neuroscience, vol. 17, pp.1652-1666, 2005.

The artist et l’universalité du geste.

La cérémonie des Oscars 2012 vient de se clore à Los Angeles et la palme d'or du meilleur film a été remise à un film muet.
Quiconque a vu ce film a eu le sentiment que l'histoire était facilement compréhensible sans langage verbal. Quiconque a vu ce film a également eu le sentiment qu'il était universellement compréhensible. 

 

Dans ce film français aucun geste "culturel" n'était repérable comme tel, et chaque personne dans son coin de planète, son coin de pays a eu le sentiment, s'il a vu ce film, de comprendre la totalité de l'intrigue.

 Du geste conscient de l'acteur au geste non conscient de la vie
 
Les attitudes corporelles "actées" sont des attitudes conscientes pensées par un auteur, mises en scène, puis jouées par des acteurs. Ce ne sont pas de ces gestes là que s'occupe la synergologie, pas des gestes conscients mais des émotions non conscientes que va traduire le corps au moment ou l'être humain est en action.  Mais si les gestes permettant la compréhension du film peuvent être décryptés sur une base universelle, pensez-vous vraiment que les messages neurophysiologiques que le corps et le cerveau vont s'envoyer et que l'être humain va traduire de manière non consciente par son langage corporel, seront moins universels ?
Les invariants du langage du corps sont universels. De multiples décodages vidéos réalisés à partir de visionnements de peuples divers nous en convainquent chaque jour. Mais pourquoi cette idée simple est-elle si difficile à faire passer dans l'opinion ?
Pourquoi l'idée qu'au delà des races humaines, une espèce humaine unifiée communiquant universellement ses émotions à partir de structures cérébrales communes façonnées depuis des centaines de millions d'années, est-elle si difficile à accepter…?

Nous y reviendrons.

 
 
 
 
 

La série américaine Lie to me : ce qui est et ce qui n’est pas de la synergologie.

 
 
La synergologie est souvent associée à la série américaine  Lie to me. Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série parce qu’elle traitait de langage corporel à partir des travaux de Paul Ekman, mais la comparaison s’arrête là.
Dans la série, dès le premier numéro, les auteurs expliquent que lorsqu’on ment on se gratte le nez, et ils montrent ainsi une image de Saddam Hussein dans cette attitude à son procès (la photo ci dessus)
Or nous sommes absolument formels, une personne ne se gratte jamais le nez lorsqu'elle ment, comme le fait là Saddam Hussein. Ce qui ne l’empêche pas d'avoir certainement  menti plus souvent qu'à son tour, mais ce n’est pas le propos.
La synergologie s'appuie sur un lexique corporel
 
En synergologie, avant d'attribuer une signification à une microdémangeaison (1), une nomenclature permet de recenser les zones du visage ou les gens se grattent, pour pouvoir ensuite  repérer concrètement de mêmes mouvements faits par des personnes différentes dans des contextes différents et les comparer.
 

 

Dans aucune des quatre situations illustrées dans l'image située en haut du blogue le mensonge n'est repéré.  Les personnes se grattent bien pour une raison identifiable, mais lorsqu'il s'agit de ce mouvement (A_0_D_N_2_P2)  ça ne sera JAMAIS le mensonge.

L'éthogramme synergologique repérant la totalité des attitudes corporelles signifiantes qu’elle inscrit dans une nomenclature (dans cet extrait les gestes d'autocontact sur le visage) est aujourd’hui la seule grille permettant un mode de référencement de toutes les catégories de gestes et d'attitudes corporelles.

Nous vous expliquerons dans un prochain message pourquoi cette microdémangeaison ne peut pas être reliée au mensonge.

 
 (1) Microdémangeaison : Démangeaison réalisée en l'absence de bouton ou d'inscription tégumentaire.
 
Attention : Ce n’est pas parce qu’une personne ou une théorie renvoie au langage corporel que c’est de la synergologie.  

 

Les photos présentées ici sont tirées d'émissions télévisées françaises et québécoises. 

La synergologie est-elle fiable ?

 
La synergologie est-elle fiable ?
 
Voila LA QUESTION incontournable. C'est même sans doute uniquement pour répondre à cette question que les messages de ce blogue succèdent les uns aux autres et que des synergologues partout dans le monde se questionnent, s'interrogent, travaillent, doutent, se forment.

Pour essayer de mesurer la fiabilité de la synergologie
  
Il faut d'abord se demander à quoi s'applique sa fiabilité. Au delà des définitions académiques, la synergologie essaie de comprendre ce que pense l'être humain à partir de ce qu'il ressent et traduit par son langage corporel. C'est donc autour des liens qu'elle tisse entre le langage du corps et la pensée que sera évaluée sa fiabilité.

 

 

La question peut d'ailleurs être tournée autrement : Comment faire parler le langage corporel ? (ça c'est facile, il suffit d'un peu d'imagination ) sans lui faire dire n'importe quoi (c'est plus difficile car il faut précisément éviter d'avoir trop d'imagination).
 
La synergologie repose sur une classification qui répertorie les attitudes corporelles humaines pour mieux les observer, les comparer et faire ensuite des propositions.
Lorsqu'un synergologue-chercheur observe un geste particulier, curieux, ou encore inhabituel, il découpe la vidéo dans laquelle il a observé cette attitude avec son contexte (30 secondes ) l'étiquette et l'intègre dans une base de données au côté de milliers d'autres vidéos déjà étiquetées. Il compare ensuite le geste qu'il a observé au même geste fait par d'autres personnes dans des contextes différents. Il essaie de voir s'il existe ds points communs entre tous ces gestes observés.

Ici, nous avons réalisé un tirage d'écran permettant de montrer le même endroit du visage "gratté" microdémangé par des personnes différentes (1).

Les images item par item

 

 

1. Les personnes se grattent toutes sous le nez.
2. Ces personnes se grattent sous la narine gauche  (il s'agit ici du tout premier mouvement)
3. Elles baissent toutes la tête pour le faire.
4. Leurs yeux partent en bas
5. Ils partent majoritairement à droite.
6. Elles se grattent majoritairement avec la main droite (en fait cette remarque est due à l'échantillonnage, car sur un grand nombre de vidéos, il faut noter qu'elles se grattent davantage avec la main gauche) (2).
7. Elles se grattent en interaction (en réagissant à des propos)
8.  Chacune de ces personnes parle d'elle au moment ou elle se gratte.
9. L'ambiance induite par le sujet abordé est tendue (9 fois sur 9). Il est possible de la qualifier de négative 8 fois sur 9

Résumé et proposition

Pour parler d'elles au moment ou elles se grattent, ces personnes baissent la tête et se coupent donc de leur interlocuteur. Leur main les protège. Leur regard part vers la droite comme c'est le cas lorsque nous nous projetons dans le futur plutôt que de nous réfugier dans le passé (autre validation d'item : (R_0_QUA_PE) Un non-dit s'est insinué entre ces personnes et leur interlocuteur et elles enjolivent la réalité dans une ambiance tendue, voire négative.

 

Pour que notre hypothèse soit crédible, il faudrait que les personnes qui se grattent sous le nez droit et ne parlent pas d'elles ( c'est-à-dire que la formulation ne soit pas organisée autour du "je").

 

Ce sera l'objet d'un prochain message blogue.

 

(1) Cette attitude est extraite des bases de données sous le code : A_0_D_N_20_P2.
(2) L'échantillonnage est dit non probabiliste, accidentel.