Archives pour la catégorie Ethologie humaine

Se faire entendre avec les mains !


On a cru pendant longtemps en accord avec les manuels de savoir-vivre qu'il ne fallait pas faire de gestes en parlant car cela traduisait un manque d'éducation. Celui qui faisait des gestes montrait par ce fait même qu'il avait de la difficulté à s'exprimer. Or nous savons aujourd'hui que c'est exactement le contraire qui se passe !

Les gestes ont un double avantage. Ils permettent d'abord à celui qui les effectue en parlant , de livrer des informations émotionnelles ou concrètes associées à la communication verbale, mais il y a plus important encore. Le cortex auditif gauche lorsque nous sommes au repos fonctionne à environ 40 hertz et pendant ce temps la zone corticale commandant les mouvements de la main est égale à 4 hertz. Or les personnes qui parlent avec les mains sont souvent plus faciles à comprendre parce que leurs gestes les conduisent à adopter un rythme syllabique voisin de 4 hertz, qui est plus facilement analysable par le cerveau des auditeurs ! (1)
 

Cherchez autour de vous un bon communicant qui ne fasse pas de gestes en parlant, vous verrez, c'est rare…!

Ce n'est sans doute pas un hasard si les gestes de la main et les fonctions cognitives associées au langage ont évolué en même temps dans des territoires cérébraux contigus l'un de l'autre. La locution "prendre la parole", ne dit pas autre chose…
 
(1) B. Morillon et al., "Neurophysiological origin of human brain asymmetry for speech and language", in Proc. Natl. Acad. Sci. USA., vol. 107(43), pp. 18688-93, 2010

Clignements de paupières et préférences électorales.


Lorsqu'une information effrayante est perçue, le corps émet des réflexes de défense avant même que nous ayons conscience du danger. Au titre de ces réflexes, nous clignons des paupières et la conductance électrique de notre peau est plus importante.

 

Une étude américaine a été réalisée dans l'objectif de croiser ce type de données avec des données sur les préférences politiques. Un bruit incongru était émis dans l'environnement de sujets observés et des images effrayantes projetées. Ces mêmes sujets avaient préalablement répondu à un questionnaire sur la préservation de l'identité nationale, l'augmentation du budget militaire, les mesures en faveur de la peine de mort …
Il s'est avéré que les personnes présentant des réflexes de défense physiologiques les plus calmes face aux perceptions effrayantes étaient également celles qui étaient davantage en faveur du pacifisme, l'aide aux personnes en difficultés, toléraient le mieux les rapports sexuels avant le mariage et étaient davantage en faveur de l'avortement (1)
En fait l'amygdale cérébrale fonctionnait avec davantage de vigueur chez les personnes les plus conservatrices, les plus protectrices face à l'environnement.

De là à dire que nous sommes prédéterminés par nos préférences cérébrales, il n'y a qu'un pas à franchir que nous ne franchirons pas. Il n'en reste pas moins vrai que c'est à notre cerveau conscient d'éduquer notre cerveau non conscient, un peu comme si l'être humain était double, deux pour le prix d'un deux , deux en un seul. Le bulletin de vote tenu par une main consciente imposée par l'activité non consciente de l'amygdale !

Or l'être non conscient peut, lui aussi, être observé en dehors de l'IRM. Car s'il était vraiment insaisissable, nous ne rougirions pas comme nous rougissons, nous ferions pas de gestes lorsque nous parlons, nos mains ne reviendraient jamais sur notre visage ou notre corps comme elles le font, nos pupilles ne se dilateraient pas comme elles se dilatent, tout cela le plus souvent en dehors de notre conscience…

Les règles de ce langage non conscient ne sont pas forcément toutes encore très claires. mais elles existent en revanche forcément…

(1)D Oxley et al., Science, Vol 321, p.1667, 2008

La mauvaise humeur a des vertus !

Des messages à la mode, formes de paradigmes populaires, traversent toutes les sociétés. Parmi ces messages, dans les sociétés aussi bien occidentales qu'asiatiques, il y en a un que vous avez forcément entendu : "Si tu n'es pas de bonne humeur, force-toi à sourire et tu verras, tu vas finir par avoir réellement envie de sourire !" Ce message social de bonne humeur a été testé scientifiquement et il fonctionne bien. Sourire donne envie de sourire.
Maintenant prenons le message autrement et évaluons le sourire à la lueur des émotions primaires. Lorsque nous passons en revue les émotions primaires présentes dès les premiers mois de la vie, à savoir la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise, le dégout, nous nous rendons compte que cinq sur six de ces émotions (en fait 4 1/2 , car la surprise peut aussi être bonne !) sont des émotions négatives. Si les émotions sont nécessaires à la survie, pourquoi donc tant d'émotions noires ?!
En fait diverses recherches tendent à démontrer que les personnes d'humeur négative ont souvent de meilleures capacités de mémorisation. Elles sont en outre moins facilement influençables. Leur esprit critique éveillé les rend de fait plus lucides. (1)
Il est noté également que les personnes les plus maussades sont plus critiques vis-à-vis à vis d'elles-mêmes et que ce trait de caractère les amène à prendre davantage leurs responsabilités. (2)

Le message synergologique n'a jamais été comportementaliste. Les enseignants de la discipline ont toujours refusé le sempiternel : Ouvrez votre corps pour montrer à l'autre que vous êtes ouvert… ! ou encore : Souriez vous aurez l'air heureux… ! ou bien : Bombez le torse vous aurez l'air plus sûr de vous !… ; et comme pour faire écho au refus du comportementalisme, ce que sous-entendent ces nouvelles études, c'est qu'avoir l'air de bonne humeur à tout prix, n'est sans doute rien de moins que de se mettre dans une posture…. souriante mais peu lucide manquant d'esprit critique, bref une posture… d'imbécile heureux…. !!!
Car lorsque nous sommes de mauvaise humeur c'est quand même parce qu'il y a une raison à ça. Une raison que nous nous masquons à nous-mêmes en prenant la posture désinvolte de la personne heureuse. Gênant vous ne trouvez pas…

Mais aussi plein d'espoir pour celui, celle, qui chercheront à se rapprocher d'eux-mêmes, en essayant de mieux comprendre, plutôt que de fuir pour essayer de devenir, à tout prix , quelqu'un d'autre…

(1) J. Forgas et al., Can bad weather improve your memory. An unobtrusive field study of natural mood effects on real-life memory, in Journal of Experimental Social Psychology, vol. 45, pp. 254-7, 2009. J. Forgas et al., Mood effects on eyewitness memory. Effective influences on susceptibility to misinformation, in Journal of Experimental Social Psychology, vol. 41(6), pp. 574-88, 2005. Paul W. andrews and J. anderson thomson, Jr., The Bright Side of Being Blue: Depression as an Adaptation for Analyzing Complex Problems. in Psychological Review, Vol. 116, no. 3, pages 620– 654; July 2009.

(2) Paul W. Andrews and J. Anderson Thomson, Jr. Depression’s, Evolutionary Roots, Perhaps depression is not a malfunction but a mental adaptation that brings certain cognitive advantages, Scientific American mind, Jan-feb 2010, pp-56-61.

Se laver les mains pour soulager sa conscience.

 

Il arrive parfois qu'une personne, tout en parlant, frotte ses mains l'une contre l'autre en faisant le mouvement imaginaire consistant à les laver. Des observations synergologiques permettent de comprendre…

Comprendre et interpréter le langage du corps