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Décoder des émotions, oui mais après…

 

Le public, de manière générale, pense que le langage corporel c'est le langage des émotions. Or ce n'est pas tout à fait ça et c'est beaucoup plus riche que ça.

Schema_synergologique

Apprendre à identifier des émotions sur le visage c'est le travail d'une journée pour un bon observateur à qui on a montré ce qu'il fallait regarder, et en l'espace d'une vingtaine d'heures de travail, celui qui le désire peut très bien apprendre à reconnaitre et étiqueter des déplacements de muscles.
Mais appréhender le langage corporel, ça commence juste après, ça commence lorsqu'on se dit : " Certes, j'ai bien vu une émotion mais à quoi l’attribuer ?" Ou encore au moment ou l'on se pose cette question :  " Mes interlocuteurs  ont l'air trés concentrés, mais je ne repère pas d'émotion particulière, pourquoi ?"
La personne qui compte bien mettre à profit les connaissances acquises par l'apprentissage des déplacements faciaux procède toujours de la même manière. Elle écoute ce que son interlocuteur est en train de dire, regarde son visage et se demande s'il y a adéquation entre ce qu'il dit et ce que montre son visage. Elle évalue la congruence entre le discours et les états émotionnels. Or, il y a huit causes bien identifiées, pas moins,  pour qu'il n'y ait pas de rapport entre l'émotion observée et ce que la personne est en train de dire, alors même qu'elle est parfaitement sincère, parfaitement authentique, et qu'elle dit parfaitement la vérité.

Prenons quelques exemples pour comprendre pourquoi l'observation d'une émotion est souvent trompeuse et pourquoi elle doit être encadrée par un questionnement sur le langage corporel prenant en compte de nombreux autres aspects.

Quelques exemples :

Il est tout à fait possible d’être dans deux états contradictoires, tout en étant authentique dans ces deux états. C'est ce qui se passe, si un évènement vous a rendu triste, au moment où vous croisez quelqu’un que vous êtes heureux de rencontrer. Montrez-vous un visage triste ou heureux ? En fait, vous montrez un visage sur lequel les déplacements faciaux ont emprunté aux deux réalités. Les muscles lisses actifs dans votre tristesse durable, mettent 40 à 400 fois plus de temps à se détendre que les muscles striés, pendant que de leur côté les hormones actives dans les situations de tension sont encore présentes et ne se dissipent pas dans le cerveau, comme par enchantement. Le temps du changement de métabolisme, des signes de joie et de tristesse sont lisibles ensemble puis en alternance, avant qu'un état prenne vraiment le pas sur l'autre..

Si vous communiquez face au soleil, votre visage sera marqué, tendu alors même que vous pouvez être de très bonne humeur et vous conserverez cette expression de tension faciale, de longues minutes après avoir quitté le soleil…

Il est également possible en interaction que votre esprit soit accaparé par d'autres pensées que les propos échangés. C'est même plus fréquent qu'on ne le pense. L'émotion traduite par votre visage peut être générée par des pensées n'ayant rien à voir avec l'interaction dans laquelle vous êtes placé/e. C'est le phénomène à l’œuvre chaque fois que vous êtes préoccupé/e. Votre interlocuteur muni de son petit lexique facial émotionnel risque de se dire, mais que lui ai-je donc fait pour que cette personne soit si fermée, lorsque c'est le cas ? Or ce qu'il ne sait pas c'est qu'il n'y est pour rien, qu'elle n'a rien à voir dans l'ordre de vos préoccupations.

La personne qui a peur de ne pas être crue, parce qu’elle lit de l'incrédulité sur le visage de l’autre, risque de traduire une émotion qui ne correspond pas à ce qu'elle dit. Celle qui pense qu'elle se sera pas crue, indépendamment même du ressenti de son interlocuteur montre elle aussi des émotions qui ne correspondent pas à ce qu'elle est en train de dire.

La personne qui reste digne pour ne pas s’écrouler sourit très souvent, et son sourire a toutes les caractéristiques d'un sourire authentique. Regardez les perdants des jeux télévisés, ils quittent l'auditoire en se retirant avec de grands sourires. Ces sourires se plaquent malgré eux sur leur visage et n'ont rien à voir avec un sourire jaune, comme il existerait un rire jaune. Ces sourires sont leur manière de "partir en beauté", pour laisser un bon souvenir. Ces sourires observés sont authentiques. Ces personnes là ne sont pas vraiment heureuses. Mais vous vous y tromperez si vous regardez la télévision sans le son.

Ainsi des lectures émotionnelles basiques pourraient nous faire douter des émotions qui sont pourtant véhiculées de façon authentique.

Décrypter le langage corporel :

Toutes ces remarques sont nées de repérages vidéos. Elles ont été capturées au fil du temps de manière écologique. Il ne s'agit pas de tenter de les reproduire pour montrer qu'elles sont "scientifiques". Les captures filmées sont des preuves en soi de phénomènes à l'oeuvre. Le véritable enjeu est ailleurs. C'est d'abord et avant tout de parvenir en interaction à échanger des informations, fluides avec une personne, dont la qualité de présence est déterminée par la qualité d'interaction.

Dans ce contexte, décoder le langage corporel nécessite la mise en place de processus obligeant à prendre en compte plusieurs constructions mentales simultanément, mais également et surtout, de ne jamais négliger la qualité de la relation, pour que l'information non verbale ne soit pas polluée par diverses projections.
Les qualités principales demandées à un spécialiste du décodage corporel, ne sont curieusement pas des qualités d'observation. L'observation relève de la technique. Repérer des traits qui bougent, ne demande pas de qualité particulière, et s'acquiert par automatismes successifs, nécessires mais pas suffisants. Non, les qualités du spécialiste du décodage corporel sont des qualités d'attention et de respect.

Le langage corporel n'est pas un simple langage co-verbal. Notre corps n'arrive pas neutre et lisse dans l'interaction. Il a aussi une vie indépendante de celle des mots prononcés. Nous continuons de penser et d'être lorsque nous ne parlons pas. Il nous arrive même d'être en interaction à un endroit et préoccupés par ce qui se passe à un autre endroit. C'est pourquoi la lecture des émotions (cette personne est-elle sincère en ce moment ?), si intéressante soit-elle, n'est jamais qu'un moment très circonscrit de la réflexion, à côté duquel la qualité de la relation (Sommes-nous dans un rapport authentique ?) mais également le rôle de la cognition (Mon interlocuteur est-il bien présent en ce moment ?), sont des questions préalables à poser, beaucoup plus importantes encore.

Si la solidité heuristique de ce triptyque (émotion-relation-cognition), tombait, toute l'approche synergologique n'aurait plus aucun sens. Mais c'est ce qui en fait aujourd'hui, la fécondité.

 

(*) Ce schéma est appelé Schéma intégrateur  en synergologie.

 

Vie de couple, communication non verbale et synergologie.

Une étude conduite par Richard Wiseman, psychologue à l’Université de Hertfordshire basée sur le comportement de 1000 personnes et présentée au Festival International des Sciences d’Édimbourg tend à montrer que les couples les plus unis sont également ceux dans lesquels les conjoints dorment le plus près l'un de l’autre, c'est-à-dire "collés" l'un à l'autre. Dans le cadre de cette étude, ceux qui restaient en contact physique durant leur sommeil déclaraient être heureux dans 80 % des cas, contre 68% de ceux qui gardaient une distance dans le lit.Boton cuadrado blanco simbolo noche

Certains esprits chagrins critiquent cette étude reprochant ses faiblesses méthodologiques et son approche synergologique.

Il s'avère que ce type de recherche ne relève tout simplement pas du champ de la synergologie. Mais elle nous permet en revanche de faire un peu de pédagogie sur ce qu' est et ce que n'est pas la synergologie. Il ne suffit pas en effet que l'on parle de langage corporel pour que le champ d'observation soit celui de la synergologie ©.

A priori, l'auteur de l'étude semble penser que pour éprouver la force du couple, il faille observer le comportement corporel des deux conjoints. Ce lien direct à la corporéité renvoie bien en apparence au paradigme synergologique, mais ça ne suffit pas pour qu'on puisse parler de synergologie.  Simplement parce qu'ici le chercheur n'observe pas directement la corporéité. Il propose plutôt de répondre à un questionnaire et l'étude est basée sur la déclaration et ça, ça n'est pas de la synergologie. Entendons nous bien, ça n'empêche pas l'étude d'être sérieuse, mais ca n'est pas une étude synergologique.

Pour qu'une étude soit synergologique, il aurait fallu qu'elle soit effectuée par des synergologues, formés à travailler autour de la distinction entre les instances conscientes, mi-conscientes, non conscientes. Lorsqu'une personne est interrogée par questionnaire sur son couple, elle fait une réponse consciente. Or, cette réponse peut très bien n'être pas en correspondance étroite avec la réalité de son union. Et ce, pour des tas de raisons dont le déni par exemple. Il existe, dans le champ de la science, un courant critique sur les théories de l'autoévaluation (c'est-à-dire sur ce qu'on déclare sur soi-même) dont les thèses ne sont pas sans fondement (1).

Ici par exemple, il aurait fallu pour que l'étude soit synergologique qu'elle soit fondée sur l'observation effective du couple. C'est-à-dire que ce couple ait pu être filmé, d'une manière ou d'une autre, alors que les deux partenaires étaient endormis l'un avec l'autre et qu'ensuite ils aient été filmés ensemble alors qu'ils répondaient au questionnaire par exemple. Il aurait été possible de tester leur qualité de rapprochement au moment de la réponse au questionnaire,  autour de critères liés aux petites attentions qu'ils auraient eues l'un pour l'autre, à leur insu même, à ce moment là.

Evidemment, la difficulté de mener ce type d'étude explique en partie pourquoi elle n'a jamais été conduite jusque là dans le champ synergologique. Mais ça aurait été ça faire de la synergologie.

Une tendance actuelle, parce que le langage corporel devient aujourd'hui "tendance", est de parler de synergologie  dès qu'il est question de langage corporel. Or, faire de la synergologie , c'est d'abord et avant tout 1) Utiliser un corpus de propositions  lié à la spécificité du langage corporel pour traiter l'information 2) User d'un éthogramme propre permettant de recueillir des observations précises 3) Se servir de protocoles standardisés de traitement des données liées au langage corporel et 4) Mettre en oeuvre un certain nombre de règles éthiques lors de la présentation de ces mêmes données.

Bref, pour qu'une étude soit critiquée sous un angle synergologique, il convient d'abord et avant tout de se demander s'il s'agit bien d'une recherche réalisée par des synergologues.

(1) Ledoux, J. (2005) Le Cerveau des émotions, Préface de de J.D Vincent, Ed Odile 2005, 374 pages (cf pp-52-54)

Les vraies angoisses n’empêchent pas les vrais sourires

Le langage corporel possède des spécificités. La plus mystérieuse d'entre elles, veut que la perception scientifique du non verbal contredise souvent les lois de la perception courante. Ou pour le dire autrement, que les certitudes du commun des mortels ne correspondent pas toujours aux données des chercheurs. Ce phénomène est observable concrêtement dans une manifestation non verbale, aussi courante que le sourire.

armstrong_1Dans ce domaine une idée semble bien implantée dans les esprits :  "Un sourire authentique est un sourire de bien-être, les autres sourires sont de faux sourires"  Et il en restera des traces sur le visage. Or il s'avére que cette idée n'est pas une idée juste.

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Ce que traduisent les photographies sur les pages personnelles

 

En Synergologie, un principe de base veut que lorsqu'une personne communique en lien, avec son interlocuteur, elle lui présente davantage son visage gauche que son visage droit. Elle montrera son visage droit si la communication est plus analytique, plus distante.

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Le non verbal permet de prédire le résultat des d’élections. Pourquoi et comment ?

 

En 2009 , des enfants suisses de 5 à 13 ans prédisaient les résultats des élections législatives françaises à partir de photographies des participants au second tour (1). Des exercices de type similaire permettaient à partir de photographies du visage, aux États Unis cette fois, de prédire les résultats à la chambre des représentants, au Sénat et à des postes de gouverneur (2). C'est encore sur la base de photographies préférées que le résultat d'élections finlandaises (3), britanniques (4), irlandaises (5), italiennes (6), Néozélandaises (7), Mexicaines (8), japonaises (9) étaient prédits, avec des des taux de précisions chaque fois supérieurs au hasard.
Dans un autre type d'expérience, où le langage corporel était mis en lumière, le résultat d'élections était cette fois prédit avec justesse, à partir de dix secondes prises au hasard sur une vidéo de débat politique (10) observée sans le son. Dans cette expérience les participants avaient la possibilité ensuite d'écouter les paroles  et de revoir leur jugement. Dans ce cas précis, le fait d'écouter le son était facteur de biais et amenait les personnes testées à se tromper, et leur prédiction retombait au niveau du hasard (pile ou face).

Les expériences académiques sont aujourd'hui trop nombreuses, trop sérieuses, trop congruentes, pour qu'elles ne nous obligent pas à nous interroger sur le rôle du non verbal dans les élections. Car, si à première vue, le résultat d'élections peut être prédit à partir de critères non verbaux seuls, à quoi sert-il aux sociétés de s'engager dans des processus démocratiques couteux en argent en temps et en énergie, ? et plus globalement à quoi sert-il donc encore de mettre en œuvre des idées et des projets si les candidats choisis, le sont  indépendamment de leurs idées et projets ?
 
En réalité c'est peut-être exactement pour cette même raison qu'il faut redoubler d'exercice démocratique, d'échanges, de réflexions croisées et contradictoires, parce que les études nous apprennent autre chose…
 

Le rôle du capital informationnel 

Le critère conduisant un individu à choisir la compétence de son candidat politique à partir de son image, plutôt que de son projet, est une stratégie de personne peu informée. Elle conduit l'électeur peu favorisé en termes de capital informationnel, à faire davantage confiance, dans un article de revue, à la photographie du candidat plutôt qu'à article de fond qui l'accompagne (11), mais la photographie n'est plus critère de choix, lorsque les électeurs sont mieux informés et qu'ils disposent d'une culture politique (12). Les lecteurs se fient alors à leurs critères propres d'affiliation fondés sur la logique des idées (13).

Ainsi, lorsqu'une élection est très serrée, le critère du visage "qui inspire confiance" risque effectivement de faire basculer le résultat dans le camp de celui qui a la meilleure mine, mais parallèlement plus les électeurs sont informés, plus les candidats sont choisis et élus sur leurs programmes.

Dans ce contexte, il ne faudrait donc pas sous-estimer l'importance de l'éducation politique, car c'est elle, et elle seule qui permettra que ne soient pas élus des candidats politiques sur leur bonne mine. Mais d'autre part, il semble important de développer l'éducation à la compréhension des messages non verbaux, afin d'apprendre à objectiver et donc démystifier les mécanismes  conduisant les choix électoraux à être faits sur une autre base que celle des idées et des projets.

(1) Antonakis, J., & Dalgas, O. (2009). Predicting elections: Child’s play!. Science, 323, 1183.
(2) Ballew, C. C., et Todorov, A. (2007). Predicting political elections from rapid and unreflective face judgments. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 104, 17948–17953.
Hall, C. C., Goren, A., Chaiken, S., et  Todorov, A. (2009). Shallow cues with deep effects: Trait judgments from faces and voting decisions. In E. Borgida, J. L. Sullivan, C. M. Federico (Eds.), The political psychology of democratic citizenship (pp. 73–99). New York: Oxford University Press.
Todorov, A., Mandisodza, A. N., Goren, A., et  Hall, C. (2005). Inferences of competence from faces predict election outcomes. Science, 308, 1623–1626.
(3)Poutvaara, Panu, Henrik Jordahl, et Niclas Berggren. 2009. “Faces of Politicians: Babyfacedness Predicts Inferred Competence but Not Electoral Success.” Journal of Experimental Social Psychology 45(5): 1132–35.
(4)Banducci, S. A., Karp, J. A., Thrasher, M., et Rallings, C. (2008). Ballot photographs as cues in low- information elections. Political Psychology, 29, 903–917.
(5)Buckley, F., Collins, N., et  Reidy, T. (2007). Ballot paper photographs and low-information elections in Ireland. Politics, 27, 174–181.
(6)Castelli, L., Carraro, L., Ghitti, C., et Pastore, M. (2009). The effects of perceived competence and sociability on electoral outcomes. Journal of Experimental Social Psychology, 45, 1152–1155.
(7)Little, A. C., Burriss, R. P., Jones, B. C.,; Roberts, S. C. (2007). Facial appearance affects voting decisions. Evolution and Human Behavior, 28, 18–27.
(8) Lenz, G.S et Lawson, C. (2011) Looking the Part: Television Leads Less Informed Citizens to Vote Based on Candidates’ Appearance American Journal of Political Science, Vol. 55, No. 3, July , Pp. 574–589
(9 )Rule, Nicholas O., Nalini Ambady, Reginald B. Adams Jr., Hiroki Ozono, Satoshi Nakashima, Sakiko Yoshikawa, et Motoki Watabe. 2010. “Polling the Face: Prediction and Consensus across Cultures.” Journal of Personality and Social Psychology 98(1): 1–15.
(10) Ambady, N., et Rosenthal, R. (1992). Thin slices of expressive behavior as predictors of interpersonal consequences: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 111, 256–274.(11) , Barrett, A. W., et Barrington, L. W. (2005). Is a picture worth a thousand words? Newspaper photographs and voter evaluations of political candidates. The Harvard International Journal of Press/Politics, 10, 98–113.
(12) Lau, Richard R., and David P. Redlawsk. 2001. “Advantages and Disadvantages of Cognitive Heuristics in Political Decision Making.” American Journal of Political Science 45(4): 951–71.
(13) (9) Bartels, L. M. (2000). Partisanship and voting behavior, 1952–1996. American Journal of Political Science, 44, 35–50. politique.
Lau, R. R., et Redlawsk, D. P. (2006). How voters decide: Information processing during election campaigns. New York: Cambridge University Press. 

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"Chaque geste veut toujours dire la même chose".

 

 Toute critique de l'approche synergologique débute ou reprend à un moment ou à un autre cette affirmation tirée des livres de synergologie dans l'objectif de montrer la légèreté de la démarche.

Or la phrase "Chaque geste veut toujours dire la même chose" sortie de son contexte ne veut effectivement absolument rien dire. Par contre, une fois éclairée, elle est l'expression juste du message synergologique. 

Attardons-nous ici à remettre un peu de contexte.

Dans la phrase "Chaque geste veut toujours dire la même chose", il faut comprendre que le geste envisagé dans cette acception est une catégorie large, en fait un mouvement corporel effectué de manière non intentionnelle. La personne parle en s'accompagnant de gestes auxquels elle n'a pas réfléchi. 
Le geste ou attitude mi-consciente peut être un geste d'autocontact (geste fait sur le visage ou sur le corps),  un geste de préhension (geste réalisé sur un objet) une boucle de rétroaction (geste d'une main dans l'autre), une mimique (micoréaction), ou encore un geste dans l'espace (geste).
Admettons que nous parlions d'un geste dans l'espace. Sa signification est d'abord tributaire de la main utilisée, avec trois possibilités : main droite, gauche, ou les deux mains. Il convient ensuite d'observer la configuration de cette main puis la destination dans l'espace du geste.
La configuration  de la main est dépendante de la rotation du poignet, (cinq possibilités), de la position verticale du poignet (trois  possibilités), de la position des doigts (sept possibilités : fermés, ouverts , mi ouverts, bourse, pince, tendus, éventail)

Ensuite pour chacune de ces configurations des doigts, il y a encore plusieurs possibilités, propre à chaque configuration. Plus de 800 positions différentes s'offrent en fait au regard de l'observateur. Et il n'a été évoqué ici que la configuration de la main. 
Lorsque la personne  formée à identifier un geste se sera demandé dans quelle partie de l'espace le geste est effectué, c'est-à-dire devant elle, derrière elle, à gauche ou à droite d'elle-même, autour ou à l'extérieur. Il sera  temps alors de se demander si l'axe de la tête retrouve la main ou s'en dissocie, et si le geste est effectué le bras replié ou tendu, car il est possible que ce ne soient pas les mêmes zones cérébrales qui soient activées, pas les mêmes intentions donc.
Mais la personne formée à observer, ne pourra pas non plus occulter les mimiques (micoréactions) associées à la production du geste. Elle se posera encore quelques questions subsidiaires, comme celles de se demander si la personne cligne ou non des paupières en effectuant ce geste par exemple.
Ensuite oui, "chaque geste veut toujours dire la même chose", mais nous venons d'énoncer douze règles préalables à la description du geste.

Ce n'est d’ailleurs pas parce qu'un horizon de sens du geste est proposé que les chercheurs en synergologie ne continueront pas à se demander si de nouvelles règles ne permettraient pas d'affiner cet horizon de sens et même au passage de revisiter une ou l'autre de ces douze règles….

 

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Les codes de la séduction sur les affiches des chefs politiques

 
Les 6 principaux chefs québécois parmi lesquels se trouve le ou la future premier ministre…
 
Regardez ces photos. Ce sont les photos des chefs extraites des affiches électorales officielles. Elles ont été placées par ordre alphabétique. Elles ont été choisies parce que c'est sur ces photos que les chefs étaient le plus à leur avantage. Repérez-vous un point commun entre elles ?

L'axe de tête des candidats.

En fait il y en a un, l'axe de tête des candidats. Pour s'en rendre compte, il s'agit d'observer les oreilles de chaque candidat (!) et de se demander quelle est l'oreille la plus visible. 

Sur cinq des six images, l'oreille la plus visible est l'oreille gauche. Le profil gauche apparait donc comme étant le plus visible. Or le profil gauche est traditionnellement considéré comme le plus attrayant chez l'être humain.
 
Évidemment, les chefs au moment d'être photographiés ne pensent pas à mettre un hémi-visage en avant plutôt que l'autre. Tous ont même le sentiment de regarder l'objectif bien en face. Mais au moment de sélectionner les photographies, celles mettant en avant la partie gauche de leur visage même si les différences ont l'air très peu visibles, sont presque toujours considérées comme les meilleures par ceux qui les choisissent, et qui d’ailleurs ne connaissent pas cette règle. Notons qu'ici ce phénomène reste visible alors que les photographies ont été réduites en moyenne 20 fois.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que plus une personne se détend, plus elle rayonne et plus l'axe de son visage piloté par le tronc cérébral place en avant la partie gauche.
 
Ces candidats adultes ne font que poursuivre ce qui s'est mis en place dès la naissance car la mère regardant son bébé dès sa naissance, lui présente (sans en avoir jamais conscience) pourtant davantage son hémi-visage gauche que son hémi-visage droit et regarde davantage sa partie gauche de visage que sa partie droite !
Si le langage corporel est si important c'est parce que les êtres humains, s'adressent des messages subliminaux qui leur permettent de se reconnaître, de s'apprécier, sans avoir besoin de se le dire, sans même être toujours conscients qu'ils s'envoient ces messages avec tellement d'évidence .

Les chefs ne connaissent pas ces codes. En revanche ils savent très bien que les codes de communication font partie de l'équation du charisme et que c'est même en partie grâce à eux, qu'ils ont été un jour reconnus d'abord, puis désignés ensuite comme chefs.

Blogue en lien :
Le visage gauche est considéré comme le plus beau aussi bien par les hommes que par les femmes. 

 

 
 
 
 
 

Le visage gauche est considéré comme le plus beau aussi bien par les hommes que par les femmes.

Kelsey Blackburn et James Schirillo ont fait une expérience vraiment  riche (1). Ils ont montré à dix hommes et dix femmes le visage de 37 inconnus pris en photos de profil. La photographie présentée au dessus est tirée de leur article. Ils se sont rendus compte en mesurant le diamètre de la pupille des observateurs  que ces vingt personnes, les hommes comme les femmes préféraient la partie gauche du visage observé. Ils ont inversé sur certaines séries de photos, le visage gauche et le visage droit, et se sont rendus compte qu'ils préféraient alors le visage droit. En fait toujours le visage gauche car les photos étaient inversées.
 
Droite, gauche et visage.
Nos observations faites en conditions éthologiques montraient  que les êtres humains ont tendance à projeter davantage la partie gauche de leur visage lorsque la situation de communication est agréable et l'hémivisage droit lorsqu'ils se méfient  (2). Ces observations font suite à celles d'autres auteurs montrant que les hémivisages gauches sont plus mobiles et font davantage passer les émotions (3),  et ce depuis la mère avec son nouveau né, jusque dans la communication humaine et vraisemblablement la communication simiesque.

Certains auteurs ont tendance à penser que c'est le désir d'envoyer l'information dans les aires de l'hémisphère droit du cerveau, plus émotionnel, qui serait producteur de ce phénomène (4) , alors que les observations synergologiques nous portent davantage à dire que la personne se mettrait en situation, non pas de recevoir l'information, mais plutôt de projeter elle même la partie gauche de son visage en avant lorsqu'elle est dans des dispositions d'ouverture. L'hémisphère droit serait moins impliqué que le tronc cérébral dans cette opération. l'observation de personnes aveugles de l’œil gauche regardant la personne la partie gauche de leur visage mise en avant dans des situations positives, plaidant pour cette construction théorique.

Nous savions déjà que le visage gauche semble plus expressif que le visage droit (5). Mais rien ne permettait de dire que cet hémi-visage était perçu comme plus beau Pourtant dans la vie de tous les jours, lorsqu'il fait des photographies, deux fois sur trois le photographe se trouve face à des personnes dont le visage légèrement désaxé, rend la partie gauche plus visible (6). Difficile de savoir ce qui se cache derrière ce hasard sur lequel l'expérience Blackburn Schirillo ne permet pas de conclure. Mais hasard ou non, deux fois sur trois les personnes montrent bien leur plus beau visage !

(1) Blackburn, K. Schirillo, J. (2012) Emotive hemispheric differences measured in real-life portraits using pupil diameter and subjective aesthetic preferences Exp Brain Res, DOI 10.1007, Springer-Verlag, 8 p.
(2) Turchet, Ph. Le langage universel du corps, Ed de L'homme, 2009.

(3) Skinner, Mullen : Facial asymetry in Emotional Expression, a métanalysis of research, British Journal of Psychology, 30, 91, pp 113-134.
(4) Gilbert, C. Bakan, P. (1973) Visual asymmetry in perception of faces, Neuropsychologia 11:355–362.
(5) Borod, JC. Haywood, CS. Kov, E. (1997) Neuropsychological aspects of facial asymmetry during emotional expression: a review of the normal adult literature. Neuropsychol Rev 7:41–60
(6) McManus IC (2005) Symmetry and asymmetry in aesthetics and the arts. Eur Rev 13(2):157–180

 

 

 

 

Alexithymie et communication non verbale.

Bien que le terme alexithymie, apparu d'abord dans la littérature anglo saxonne en 1973 (1) et soit relativement peu connu dans le grand public, le trouble auquel il correspond est un trouble aisé à identifier parce qu'il touche entre 10 et 15 % de la population : (2) 
La personne alexithymique souffre d'un trouble la conduisant à avoir de la difficulté à comprendre les émotions.
Cette personne ressent bien les sensations corporelles qui sont à l'origine de l'émotion, mais ces sensations corporelles ne prennent pas de coloration émotionnelle :

– " Comment te sens-tu ?
– Je ne sais pas, j'ai une boule dans la gorge…
– C'est agréable, désagréable ?
– Je peux pas dire, c'est une boule dans la gorge…"

C'est comme si les émotions chez les alexithymiques n'accédaient pas à la conscience. (3) Les spécialistes parlent d'ailleurs parfois de cécité émotionnelle.  

Une échelle de mesure de l'alexithymie

Des spécialistes canadiens Taylor, Ryan, et Bagby (4) ont développé une échelle permettant de mesurer l'alexithymie.
Trois facteurs permettraient de l'identifier :

  • La difficulté à faire la distinction entre les sentiments et les sensations corporelles de l'excitation émotionnelle;
  • La difficulté à décrire les sentiments d'autrui;
  • Une pensée opératoire excluant les détails rappelant l'émotion.

Il n'est pas impossible de penser, comme l'ont montré plusieurs recherches, que le déficit de verbalisation du milieu parental, n'aide pas les enfants à identifier et reconnaitre ensuite des émotions, dont on ne leur a pas parlé, et qu'on ne leur a pas appris à reconnaitre. Mais ce mode d'explication ne suffit pas à lui seul à exprimer la réalité de l'alexithymie. Il est également possible que ce soit un mécanisme de défense permettant de se mettre à l'abri de la souffrance. Des mécanismes neurologiques permettraient d'expliquer l'alxithymie sans que l'on sache exactement si ces mécanismes seraient une cause ou une conséquence du parcours émotionnel des alexithymiques
Évidemment les alexityhmiques sont peu empathiques, car ne reconnaissant pas leurs propres émotions, ils éprouveront de la difficulté à attribuer des émotions aux autres. (5)

Nos gestes ne nous trahissent pas

 A l'heure ou le discours ambiant a tendance à dire que nos gestes nous trahissent, nos émotions nous trahissent, et qu'il faudrait se tenir loin de ce qui concerne la meilleure connaissance de tous leurs processus d'observation, il existe une autre école, plus humaniste. Cette école consiste à penser que lorsqu'on à appris à reconnaitre les émotions parce qu'on a appris à les observer sur l'autre, on se rapproche de lui parce qu'on le comprend mieux. On se rapproche également de soi parce qu'on apprend à identifier, à partir de l'autre, des  états que l'on peut développer, reconnaitre, apprivoiser, chez soi. 

Nos émotions ne nous trahissent pas, nos gestes ne nous trahissent pas, donner à lire à l'autre notre bagage corporel, c'est aussi lui proposer des lunettes pour mieux nous comprendre. 
Apprendre à observer c'est apprendre à comprendre,  apprendre à développer des ressources collaboratives, des ressources humaines, sans jeu de mots.

(1) Sifneos,PE (1973). The prevalenceof 'alexithymic' characteristics in psychosomatic patients. Psychotherapy and Psychosomatics,22,255-262
(2) S. Berthoz et al., (2011) Alexithymia from the social neuroscience perspective, in The Handbook of Social Neuroscience, sous la direction de J. Decety et J. Cacioppo, Oxford University Press.
(3) L. Pouga et al., (2010) Individual differences in socio-affective skills influence the neural
bases of fear processing : the case of alexithymia, in Human Brain Mapping, vol. 31(10), pp. 1469- 1481,
(4) Taylor,GJ. Ryan,DP, et Bagby, R.M. (1985) Toward the developmentof a new self-report alexithymia scale. Psychotherapy andPsychosomatics,44,191-199
(5) Cosnier, J. (2006), Psychologie des émotions et des sentiments “ Réed Retz : Paris.

La série américaine Lie to me : ce qui est et ce qui n’est pas de la synergologie.

 
 
La synergologie est souvent associée à la série américaine  Lie to me. Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série parce qu’elle traitait de langage corporel à partir des travaux de Paul Ekman, mais la comparaison s’arrête là.
Dans la série, dès le premier numéro, les auteurs expliquent que lorsqu’on ment on se gratte le nez, et ils montrent ainsi une image de Saddam Hussein dans cette attitude à son procès (la photo ci dessus)
Or nous sommes absolument formels, une personne ne se gratte jamais le nez lorsqu'elle ment, comme le fait là Saddam Hussein. Ce qui ne l’empêche pas d'avoir certainement  menti plus souvent qu'à son tour, mais ce n’est pas le propos.
La synergologie s'appuie sur un lexique corporel
 
En synergologie, avant d'attribuer une signification à une microdémangeaison (1), une nomenclature permet de recenser les zones du visage ou les gens se grattent, pour pouvoir ensuite  repérer concrètement de mêmes mouvements faits par des personnes différentes dans des contextes différents et les comparer.
 

 

Dans aucune des quatre situations illustrées dans l'image située en haut du blogue le mensonge n'est repéré.  Les personnes se grattent bien pour une raison identifiable, mais lorsqu'il s'agit de ce mouvement (A_0_D_N_2_P2)  ça ne sera JAMAIS le mensonge.

L'éthogramme synergologique repérant la totalité des attitudes corporelles signifiantes qu’elle inscrit dans une nomenclature (dans cet extrait les gestes d'autocontact sur le visage) est aujourd’hui la seule grille permettant un mode de référencement de toutes les catégories de gestes et d'attitudes corporelles.

Nous vous expliquerons dans un prochain message pourquoi cette microdémangeaison ne peut pas être reliée au mensonge.

 
 (1) Microdémangeaison : Démangeaison réalisée en l'absence de bouton ou d'inscription tégumentaire.
 
Attention : Ce n’est pas parce qu’une personne ou une théorie renvoie au langage corporel que c’est de la synergologie.  

 

Les photos présentées ici sont tirées d'émissions télévisées françaises et québécoises.