Tous les ministres qui tirent la langue ne sont pas mal élevés.

 
 
Montréal, dimanche soir 30 septembre, plateau de l'émission :  Tout le monde en parle.

Le ministre de l'économie du Québec, Nicolas Marceau est en entrevue face à l'animateur Guy.A.Lepage et à son complice Dany Turcotte. Certaines entrevues sont rythmées par une question clé,  au nom évocateur "La question qui tue "!  Et ce soir, aux alentours de 21h15, la question qui tue est pour Nicolas Marceau : 

"Qui a été porté au pouvoir le 4 septembre: le parti québécois ou la ligue d'improvisation ?"

Au moment de la question, le ministre rit longuement. Ce qui lui permet tout en riant de chercher une réponse. Effectivement la réponse vient. Le public télévisuel peut savoir, avant même que le ministre ne commence à parler que sa réponse va être de haute tenue. 

Qu'est-ce qui permet de le savoir ? 
Nicolas Marceau se passe la langue sur les lèvres de droite à gauche.  La scène dure moins de une demi seconde, mais elle dit tout. Elle est reprise en photo ci-dessus.
 Le ministre regarde l'animateur et amorce sa réponse  :

" On a annoncé  trois choses essentiellement depuis notre arrivée. Premièrement, on a confirmé notre intention de fermer Gentilly…. Deuxièmement, on a annulé la hausse des droits de scolarité… Troisièmement, on a réitéré notre intention d'abolir la taxe santé. Sur ces trois engagements là… il n'y a pas d'improvisation là dedans. On tient notre parole".
 
 Et ensuite, et surtout :
 – "Je suis dans un monde assez hallucinant. Je suis un politicien qui veut tenir ses engagements et on nous reproche de vouloir aller trop rapidement…"
 
Et l'animateur de répondre alors avec humour :
– "On n'est pas habitués Monsieur le ministre ! " 
 
Effectivement, peu de ministres se verront jamais reprocher de tenir trop vite leurs promesses. 
La question ici n'est pas de savoir si le ministre va trop vite ou pas trop vite, si les mesures que le gouvernement veut prendre sont bonnes ou mauvaises. Il y a des tas d'autres lieux pour chercher à répondre à ces questions. Ici, ce qui est intéressant, c'est de se rendre compte que sept ou huit secondes avant de conclure avec une réponse de qualité, le corps de la personne sait déjà que la réponse sera de qualité. Le ministre ne sait pas exactement ce que  sera sa réponse car il la forme à la vitesse où il parle. Mais émotionnellement son corps sait que ce sera une bonne réponse. Il fait ce qu'on appelle dans le jargon du langage corporel synergologique une langue de délectation (R0BL5).
 
Nous savons, nous public télévisuel, autre chose. Nous savons que cette réponse sera plus sympathique qu'agressive parce que la langue passe dans la bouche de droite à gauche et non de gauche à droite. Dans ce dernier cas, la réponse serait beaucoup plus agressive. 
 
Le langage corporel précède le langage non corporel qui est le langage verbal. Et il peut le précéder de près de dix secondes dans des conditions bien identifiées repérées à l'IRM (imagerie de résonance magnétique) lorsque la réponse à fournir est une réponse élaborée.  L'exemple permettait d'illustrer cette réalité.