Lorsqu’on met dix secondes à se rendre compte qu’on pense !

John-Dylan Haynes du centre de neurosciences de Berlin fit une curieuse expérience (1). Il assit des volontaires devant une table sur laquelle était placés deux boutons, un bouton rouge et un bouton vert. Il demanda aux participants de regarder les deux boutons, de prendre la décision d'appuyer sur un des ces deux boutons et une fois la décision prise, d'appuyer immédiatement. Ces personnes étaient reliées à un IRMf et face à cet IRMf un chercheur assistait à la scène en observant, lui, le cerveau en train de réagir sur un écran d'ordinateur. Ce chercheur observa que le cerveau avait pris sa décision environ 10 secondes avant que les personnes aient le sentiment de le faire spontanément ! Leur cerveau savait donc déjà depuis dix secondes ce qu'elles allaient faire dix secondes plus tard en pensant venir de le décider spontanément … !

D'autres expériences initiées depuis Benjamin Libet en 1983 préparaient déjà JD Haynes à cette observation. Évidemment cette expérience pose des questions relatives au libre arbitre. De quel arbitre disposons-nous si notre cerveau décide à notre insu dix secondes avant nous ?
Vous direz bien évidemment que notre cerveau c'est encore nous ! Mais si vous réfléchissez plus avant, vous vous rendrez compte que c'est un petit peu plus compliqué. Car ce que le cerveau sait, notre corps le montre lui et il le traduit donc parfois près de dix secondes avant que nous en ayons conscience. Celui qui sait décoder les messages du corps dispose lui de ces dix secondes pour vous faire renoncer à faire ce que vous vous apprêtiez à faire… sans que vous en ayez conscience.
Exemple :
Vous accompagnez votre compagne dans un magasin. Elle s'arrête devant un chandail aux couleurs chatoyantes. Ce chandail est trop bigarré pour qu'elle sache immédiatement si elle l'aime. Son corps, lui, montre qu'elle l'aime, parce que son cerveau sait qu'elle l'aime. Elle n'en n'a pas encore conscience.
Vous lui dites alors :
– C'est drôle j'ai vu ce même chandail porté par une personne tellement vulgaire…. Tu le trouves comment toi ?
En fait vous venez d'interférer sur le libre arbitre de votre compagne sans qu'elle en ait eu conscience. Vous transformez son jugement à venir à son insu même. En lui envoyant le message que le chandail est vulgaire, d'une certaine manière vous l'empêchez de le trouver joli. Alors que naturellement elle allait le trouver très à son goût dans quelques secondes…

Il y a des gens qui pensent encore que nous formons nos pensées au moment ou nous les formulons. Ne les réveillez pas trop vite, les gens réveillés trop brutalement sont toujours de mauvaise humeur..

(1)J.-D. Haynes et al., Decoding mental states from brain activity in Humans, in Nature Reviews Neuroscience, vol. 7(7), pp. 523-34, 2006 Compte rendu Cerveau et psycho, n°41 septembre-octobre 2010, pp-70-72.

6 réflexions au sujet de « Lorsqu’on met dix secondes à se rendre compte qu’on pense ! »

  1. Xtimista

    Passionnant,
    cela remet également en question la notion de présent…
    Le monde qui nous entoure ou du moins la perception que nous en avons n’est que le reflet d’éléments passés (sons et images) si l’on rajoute à cela le fait que nous avons conscience de nos pensées avec 10 secondes de retard autant dire que le présent n’existe pas puisque nous vivons sur un passé permanent. Qu’est-ce que le présent alors?
    Outre ces considérations « philosophiques » je me pose une réelle question sur nos réflexes.
    Comment pouvons nous réagir aussi rapidement à une situation (évitement d’un piéton en une fraction de seconde par exemple)si il y a un tel décalage entre le moment ou nous avons l’information, le moment ou le cerveau l’analyse, le moment où le cerveau pense à réagir et le moment ou nous réagissons?
    Autre interrogation ; la prise de conscience de la pensée d’un sujet étant décalée, le cerveau transmet t’il certains signes non-verbaux avant même qu’il ait conscience de cette pensée… Par exemple des signes de joie inconscients peuvent-ils être perçus avant même que la personne éclate de rire? Pareil pour la peur etc…
    Cela permettrait dans beaucoup de situations de pouvoir anticiper certaines réactions.

    1. Anonymous

      Bonjour Xtimista,
      Je trouve ton post très génial car, tu sais mettre le doigt sur les questions Essentielles : le Présent qui n’est relatif à rien, le seul que l’on peut connaître en état de Conscience spirituelle sans la pensée.
      Le décalage entre la réaction du cerveau et la prise de conscience par la pensée, démontre que notre conscience de pensée personnelle ne vit pas dans le Présent qui est le Réel = ce qui Est.
      Il est évident que nos réflexes sont activés directement par le cerveau, sans que la conscience intervienne.
      Pourtant, devant certaines situations, il peut aussi y avoir absence de tout réflexe, de toute commande du cerveau ni de la conscience de la pensée. Ainsi, l’action en cours continue sans aucune décision responsable. Il est aussi évident que, la Justice, en ne tenant pas compte de ce fait scientifique, fait de nombreuses erreurs judiciaires en de mauvais jugements, en condamnant de nombreuses personnes sur des actes irresponsables car, non décidés consciemment.
      Ce décalage entre cerveau et prise de conscience par la pensée, démontre bien que la Conscience du Réel ne peut être connue par la pensée.
      Amicalement

  2. Anonymous

    Intéressant, ceci dit, cela s’applique à un processus de prise de décision, avec ce que l’on pense être notre temps de réflexion.
    Peut-on extrapoler sur des réponses à des questions lors d’un examen ?
    Qu’en est-il du temps de réponse à un stimuli, le temps entre ce que l’on va faire, par réaction instinctive par exemple, et l’initialisation de l’action en elle même. Exemple, réaction à un projectile vers le visage.
    Un visiteur.

  3. Tristan

    Bonjour,
    Je viens de vous voir à la TV et j’ai apprécié la douceur qui émane de votre personne, le tact, la délicatesse et la pertinence de vos observations. En recherchant un peu, j’ai trouvé votre blog et je suis ravi de vous lire. Merci de vos partages et de la qualité de votre esprit.

  4. Anonymous

    Xtimista,
    Il me semble que lors d'un cas urgent, ce n'est pas l'hémisphère droit qui réagit mais le gauche, répondant automatiquement à un stimulus et sans se poser de question. Cela me rappelle un exemple, donné par Philippe Turchet (Le langage universel du corps), où un homme se rend à la boulangerie et achète une baguette de pain. Lorsqu'il dépose l'argent, son autre main le récupère immédiatement (en raison d'une dissociation des deux hémisphères je crois, celui de la réflexion et celui de la réaction): l'action mécanique de ramasser l'argent qui traîne chez lui est accomplie tout aussi machinalement en dépit d'un contexte très différent. Ainsi, il est des réactions qui ne demandent aucune réflexion et sont donc instantanée.
    (Je ne me souviens plus exactement de l'exemple et espère ne pas avoir détourné la pensée de son auteur)
    Dans le même livre était noté qu'il était parfois très surprenant de voir combien le corps pouvait être conscient avant la personne elle-même : nous ressentons une démangeaison, nous grattons éventuellement, et après cela seulement comprenons-nous pourquoi ; la plupart du temps tout du moins. On peut réfléchir à un problème, se gratter l'arrière du crâne, et ne comprendre que par la suite qu'il nous est nécessaire de trouver un moyen détourné, mais inconsciemment cette nécessité est déjà appréhendée et dirige déjà notre pensée.

    Dans le cas d'un projectile qui nous est lancé, nous réagissons immédiatement mais arborons également une expression de surprise ; toutefois, nous ne sommes conscient d'avoir été surpris qu'une fois que le danger est passé !

  5. Anonymous

    Cela montre pour ceux qui veulent voir, que la Conscience de tout notre Etre est au-delà des réflexes et du cerveau et même de la pensée individuelle.

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