La classification synergologique

La classification synergologique est la seule grille non-verbale répertoriant les micro-attitudes quotidiennes du visage et du corps humain dans le champ de la connaissance. Ellle est disponible pour ceux qui voudraient en comprendre la dynamique,  ici,  en annexe de Turchet (2017) :

https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01757673/

Cette grille est supportée par une banque de données de vidéos, soit un peu plus de 6000 images dynamiques issues de situations écologiques. Ces vidéos stockées sont classifiées sur la base de l’item à retrouver.

A titre d’information, les banques de données visuelles comparatives sont les banques POFA et JACFEE, toutes deux réalisées par partir d’images statiques de visage uniquement.
POFA : Pictures Of Facial Affects, (Ekman & Friesen, 1976),
JACFEE Japanese And Caucasian Facial Expressions of Emotions, Matsumoto & Ekman, 1988).

Toutes les interprétations synergologiques sont faites à partir de cette grille. Elle permet d'établir une base de comparaison entre les mêmes éléments gestuels effectués par des personnes différentes dans des contextes différents,  et leur discours verbal au moment du geste afin d'en rechercher la signification.

Et pour les spécialistes, ça n’empêche évidemment pas de sélectionner des images fixes de l’apex de l’émotion ou du mouvement au moment du geste classifié. (Ex : L'image au dessus). 

PS : En Synergologie, dans la mesure ou la neuro-imagerie indique que l’activation de zones cérébrales est différente entre la perception des expressions dynamiques et statiques (Grossman & Kegl, 2007), il été fait dès l’origine le choix de n’utiliser que des images vidéos en mouvement.

 

Ekman, P. & Friesen, W.V. (1976). Pictures of facial affect. Palo Alto, C.A.: Consulting Psychologists Press.

Matsumoto, D. & Ekman, P. (1988). Japanese and Caucasian facial expressions of emotion (JACFEE). Unpublished slide set and brochure, San Francisco State University, Department of Psychology.

Turchet, P. (2017).  Identification de ruptures de compréhension dialogique en contexte interculturel à partir d’indices corporels. (Doctoral dissertation, Université, Paris X, Nanterre

 

Synergologie par la preuve : Coupe du monde de football

Pour la première fois un arbitre lors de la finale du Mondial de football, face à un problème d'arbitrage a recouru à la vidéo pour re-visionner une action de jeu. Il est alors revenu sur sa décision, accordant un penalty (autant dire presque un but pour les non initiés) à une équipe, ici l'équipe de France. Or, en Synergologie, face à une situation "problème", la personne se gratte le nez en le pinçant, c'est exactement le cas ici. (Arbitre : en haut à droite)

Sur le message blog précédent, un joueur marquait contre son camp. Là encore c'était un gros problème pour lui, et sur la vidéo déposée sur le blog, il effectue exactement le même geste que l'arbitre.

Evidemment il est toujours possible que ces deux participants à la Coupe du monde aient eux tous les deux un bouton dans le nez, exactement au même endroit, mais si vous saviez combien de mêmes situations ont été captées et sont répertoriées dans nos bases de données, vous seriez assurés, que le "bouton dans le nez" n'est pas la situation la plus plausible pour expliquer pourquoi une personne se pince ainsi le nez lorsqu'elle est face à un problème.

Et maintenant sur le fond, les évènements sportifs permettent d'expertiser à merveille les théories synergologiques parce que comme ce sont des spectacles et que les acteurs sont silencieux et concentrés sur ce qu'ils font, il est assez facile d'envisager ce qu'ils pensent et donner une signification à leur langage corporel. En fait tester ainsi les théories synergologiques.

Coupe du monde et traumatismes

Le 15 juillet 2018 pendant la finale de la Coupe du monde de football, un joueur croate a eu la très mauvaise idée dès le début du match de marquer un but contre son camp, donnant à la France l'occasion de mener au score et de prendre l'avantage à ce moment du match.
Or il a été repéré en synergologie et consigné sur vidéo, qu'une personne évoquant verbalement un traumatisme psychologique le fait en accompagnant son discours de petits mouvements rotatifs de la tête. Voyons comment réagit le joueur lorsqu'il se rend compte sur grand écran, qu'il n'y a pas de doute possible et qu'il est bien l'auteur fautif du but.

Pour Mario Mandzukic le joueur qui offre l'avantage du score à son adversaire, la situation était traumatisante. Le phénomène visuel est fin mais il est très facile à observer pour qui a été formé à l'observer. Il s’agit de 4 petits mouvements de gauche à droite au début de la vidéo et la même séquence à la fin de cette vidéo. (Si vous avez de la difficulté à repérer ce phénomène, enlevez le son de votre ordinateur pour regarder). Il faut noter également que ce phénomène n’est visible chez aucun de ses partenaires et aucun des adversaires.
Au moment où de la production des axes de tête rotatifs, le joueur a arrêté de cligner des paupières. Il est dans ses pensées, fermé aux informations extérieures. Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc de la communication pour comprendre qu'il se remémore l'action de jeu.

Ces rotations sont généralement observées lorsque les êtres humains parlent et on pouvait se demander à bon compte si ces mouvements rotatifs n'étaient pas une façon de renforcer le traumatisme verbalisé en l'appuyant d'une négation. Or ici le joueur ne dit rien mais les mouvements sont si rapides qu'ils ne peuvent être produits intentionnellement.
Le traumatisme psychologique est repérable sur une base corporelle. Dans l'absolu, il est très possible que ces mouvements rotatifs rapides naissent précisément pour se débarrasser des traumatismes. Des données neurologiques en attestent.

Nous reviendrons plus tard sur une autre observation aussi intéressante observée pendant le même match.

Synergologie par la démonstration scientifique

De nombreux textes ou articles synergologiques existent , mais il manquait à la synergologie, un texte détaillé théorisant la démarche synergologique c’est pourquoi il semble intéressant de rendre disponible cette thèse de Doctotat (Ph-D) soutenue dans le champ des sciences du langage assortie et de la grille de classification synergologique utilisée . Vous la trouverez ici : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01757673

Mais quelle est l’originalité de ce travail et quel en était l’enjeu ?

L’originalité du travail était de démontrer qu'une personne qui ne comprend pas son interlocuteur alors qu'elle se tait peut être repérée directement à partir de son langage corporel avant même qu’elle ne prenne la parole.

Plus largement l’intérêt de ce travail, sa motivation, était de produire une recherche théorique documentée permettant d’expliquer que pour comprendre l’autre, il faut d’abord et fondamentalement le regarder, ce que propose la synergologie

Ce type de démonstration constitue une rupture épistémologique avec le passé. Car dans le domaine des sciences de l’esprit il est traditionnellement coutume de chercher d’abord à comprendre ce qu’une personne pense ou ressent et de regarder ensuite comment elle se comporte corporellement pour en tirer finalement des enseignements. Personnellement nous sommes quelques-uns à avoir toujours pensé , et ce bien avant de pouvoir en faire la démonstration qu’il fallait faire le contraire, observer le langage corporel pour comprendre ce que la personne pense ou ressent. Opérer un renversement des variables indépendantes et dépendantes, ce qu’on appelle une inversion d’inférence.
Dans la réalité des faits, les idées avant d’émerger à la conscience et d’être mises en mots prennent leur source dans le corps qui envoie des messages au cerveau. Les neurosciences établissent cette démonstration sans ambiguïté.
En fait, le langage corporel précède le langage verbal, il n'est pas co-verbal, c’est le langage verbal qui est co-corporel… Derrière cette phrase simple, les implications scientifiques sont immenses.

Si ces questions vous intéressent , venez dialoguer , parce que la synergologie tient sa force du fait que toutes les démonstrations sont supportées par des images vidéos tirées de la vie de tous les jours. Tout ça est extrêmement concret parce que si ces théories marchent, ce qu’elles prédisent doit non seulement se voir immédiatement dans la communication quotidienne, mais également à partir de là être comprises immédiatement.
Que vous soyez spécialiste ou complètement néophyte, venez dialoguer
>>>>>>>>> https://bit.ly/2GOw9sA

Ce qui est et ce qui n’est pas de la synergologie : astuces de base

  

 

  

 

 

 

Tous les discours sur le non verbal ne sont pas des discours synergologiques, l’actualité permet parfois de s'en rendre compte. Réflexion par l'exemple :

Objet de départ : une étude parue sur le non-verbal  dans le Figaro  le 7 février 2017 .

Réponse : Critique de l'aspect "synergologique" de cet article  le 9 février .

L'aspect synergologique d'un article sur la communication non verbale des politiques paru dans le figaro est vertement mis en doute dans un article proposé à un observatoire des médias. Or c'est sans raison, car la synergologie n'était tout simplement pas invitée dans les lignes du Figaro, les auteurs n'étant pas synergologues et ne le revendiquant pas d'ailleurs… !

L'occasion était tentante en revanche de se saisir de l'opportunité pour expliquer mieux au chroniqueur et au public ce qu'est la synergologie.  Car si Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, le fait de parler de non verbal ne fait pas de celui qui se livre à l'exercice un synergologue pour autant.

Le propos ne consiste pas à poser la question du sérieux de l'étude parue dans le figaro.fr du 7 février 2017, le protocole y étant trop insuffisamment décrit. L'objectif est plutôt de montrer au public par quels signes simples un lecteur et un critique devraient comprendre dès le premier coup d'oeil qu'une étude, papier, article, … est synergologique ou non.

L'étude reproduite par le Figaro consistait à demander à des personnes non spécialistes ("naïves") de regarder le débat télévisé opposant les deux prétendants de gauche à la présidentielle de 2017, soit Benoît Hamon et Emmanuel Valls, afin de pouvoir comparer leur performance à travers l'image et le son.

Ici, dès l'énoncé de la règle du jeu, une personne éduquée à la synergologie savait que cette étude ne pouvait pas relever du champ de la discipline, simplement parce que la synergologie proscrit l'attitude consistant à utiliser des questionnaires afin d'évaluer un ressenti conscient. Elle proscrit cette démarche dite d'auto-évaluation, simplement parce qu'une personne "naïve" sachant qu'elle va être interrogée sur ce qu'elle ressent, a trop tendance à se centrer sur la bonne réponse à trouver au détriment du ressenti lui-même. Et ce, de manière tout à fait inconsciente. Ce problème bien connu est connu sous le nom de  biais de désirabilité sociale. La volonté de bien répondre  est un obstacle à l'objectivité dans les épreuves liées au ressenti.

Les observations synergologiques sont construites de manière distancée c'est-à-dire étiques (sans h) et non émiques lorsque l'objectif est d'évaluer une performance spontanée. Et ce afin d'éviter certains effets de filtres et de halo. La méthodologie utilisée dans l'article du Figaro sera davantage utile dans le domaine du marketing que dans celui de la synergologie.

Les synergologues collectent leurs informations à partir de l’attitude corporelle elle même. L'identification de mêmes attitudes corporelles effectuées par des personnes différentes dans des contextes différents et appelées attitudes dupliquées, permet d'identifier des points de ressemblance émotionnels, relationnels, et cognitifs entre les individus dont les mêmes attitudes sont observées. Ces points communs forment un corpus de départ permettant ensuite d'appliquer ce regard à de nouvelles situations.

Dans le cas de ce débat télévisé , il aurait été possible par exemple d’observer les réactions corporelles de personnes regardant le débat dans le confort de leur intérieur,  sur leur ordinateur personnel avec une caméra branchée (type skype) afin de se préparer à répondre à un moment ou un autre à des questions qui ne seraient finalement jamais venues. Un synergologue aurait ensuite compilé, analysé et comparé leurs réactions non conscientes face à l'image et au son lors du débat.

Cette méthodologie aura elle aussi des limites qu'il conviendrait d'identifier mais elle s'appuie sur un paradigme précis, un corpus de connaissances, des concepts, des méthodes, techniques, modes de validation. 

Il ne semble souhaitable pour personne de parler de synergologie lorsqu'elle n'est pas invitée à la table des réflexions, mais si par contre, l'objectif caché de l'auteur était de permettre à la synergologie d'exposer à touches pointillistes sa méthodologie et faire ainsi parler d'elle, que son intention délicate soit remerciée ici.

 

Élections américaines : 9 fois sur 9 le corps a annoncé la victoire du débat avant les premiers mots prononcés.

Le 19 octobre à Las Vegas, le gagnant du troisième débat américain à l'élection présidentielle était prévisible dès les premières images. Et nous avons prédit le gagnant du débat au moment de la mise en présence des candidats et avant que les premiers mots ne soient prononcés.

 

 

 

Dès son entrée en scène Hillary Clinton pouvait sur Twitter être désignée comme la gagnante du débat. Le débat avait débuté il y a deux minutes et il était joué. Sa victoire à l'issue. 52% contre 39% (Source CNN).

Le plus surprenant depuis que l'arrivée des candidats sur le plateau est filmée (les 9 derniers débats), est que les gagnants sont chaque fois prédictibles sur des critères de langage corporel avant les premières paroles prononcées… ! De ce point de vue le débat du 19 octobre ne faisait pas exception à la règle.

Alors que Donald Trump était présenté comme un homme solide, la "fragile" et "vieillissante' Hillary prend le dessus dans l'arène trois fois au cours des trois débats. Et chaque fois avant même les premières paroles échangées.

Ces débats montrent que la dominance s'ancre dans des comportements et se trouve acceptée par un adversaire qui se résoud à se soumettre, sans avoir même conscience qu'il est en train de se soumettre.

photo_4Dans les débats d'homme à homme, au signal de la poignée de mains les hommes s'agrippent dans un corps-à-corps ou l'autre bras est également agrippé, à la manière des judokas. Le premier qui relâche l'autre montre en relâchant  qu'il accepte la domination de celui qui continue à le tenir. L'observation de la poignée de mains détermine la nature du rapport de force :  la démonstration est faite dans les six débats masculins

Dans les débats homme-femme les variables de contact physiques trop connotées sont invalides.  La variable de la poignée de mains est remplacée par des clés liées à l'occupation du territoire. Et ces variables sont également mesurables. Le gagnant regarde davantage son adversaire et regarde également davantage le public que son adversaire ne le fait.  Il marque son territoire en accaparant l'espace. Ce 19 octobre dès l'arrivée dans l'arène, dès la première image, alors que Donald Trump se dirige comme un métronome vers son pupitre, Hillary Clinton s'arrête, salue la salle qu'elle balaie de la main longuement avant de prendre le temps de rejoindre le lieu de la joute. C'est dans ces moments particuliers que le débat se gagne. Il est bien possible que le public n'ait pas directement accès à cette dimenstion subliminale de la communication. photo_11Mais c'est durant ce temps privilégié, face à la caméra que la personne la  plus calme et la plus maîtresse d'elle-même exerce son emprise sur son opposant en lui faisant passer le message, qu'elle est la dominante. Hillary Clinton prend son temps et oblige Donald Trump à attendre qu'elle ait fini de prendre son temps. Elle ne prend pas son temps en pure perte, elle tisse un lien privilégié avec la salle et le public télévisuel qu'elle salue. L'autre candidat n'a pas d'autre alternative qu'attendre, alors il attend. L'alpha vient comme dans chaque débat, d'être déterminé avant les premières paroles prononcées.  Le gagnant du débat bien avant d'être couronné par les instituts de sondage vient d'être désigné par les débatteurs eux-mêmes : l'un montre qu'il va gagner et l'autre lui montre qu'il va perdre. C'est en tous les cas l'explication la plus plausible, la plus logique au fait que le gagnant puisse être déterminé avant que le débat ne commence.

photo6Aussi étrange que cela puisse paraitre, Donald Trump craint Hillary Clinton. Peut-être parce qu'il n'a pas l'habitude d'être remis à sa place par une femme, ou silmplement pas l'habitude d'être contredit. En tous les cas ce qui est certain, c'est que sa tête a tendance à rentrer dans ses épaules lorsqu'il la regarde, comme c'est observé dans la peur.  Sa tête part, elle se désaxe, elle prend le plus de distance possible avec son adversaire lorsqu'il la regarde. La tête de Hillary Clinton reste droite, le cou bien visible lorsqu'elle écoute comme le montrent ces deux images typiques de leurs situations d'écoute respective. Jamais au cours des trois débats, sa tête ne se sera désaxée une seule fois, comme elle se désaxe régulièrement chez Donald Trump.  

Le présentateur va ensuite énoncer les premières règles. Les premières paroles vont être prononcées. Hillary Clinton va regarder l'animateur sans le perdre du regard durant les 26 secondes de sa présentation alors que Donald Trump restera les yeux fixés dans ses notes, près de 90 % du temps sans établir de contact visuel avec quiconque. photo7Il donne le sentiment de finir de se préparer. En réalité, l'absence totale de mouvement sous ses paupières montre qu'il tente de faire le vide. Les deux protagonistes n'ont pas commencé à parler mais sans qu'ils puissent le dire encore, le débat est joué.

Le langage corporel  précède le langage verbal. Il établit la nature du lien et du rapport de forces entre les participants et c'est sur ce canevas principal que vont se tisser les échanges verbaux. Ce ne sont pas les arguments qui convaincront le public, mais la capacité du débatteur à "montrer" que son argumentation est la plus légitime, parce qu'il en sera lui-même convaincu et qu'il sera parvenu à convaincre l'autre qu'il est pleinement légitimé à employer cette argumentation.

 

Clinton-Trump : Peut-on prédire la victoire avant le début du débat ?

Certains sports de combat permettent de prédire le dénouement du duel dans des proportions supérieures au hasard, avant que la joute ne commence. Si le gagnant est prédictible, c'est parce qu'il détient l'assurance qu'il est le plus fort et qu'il va triompher. Il ne gagne pas à l'issue du combat, il gagne en entrant dans l'espace de la joute. Dominant dans son environnement, il traduit la victoire à venir par des signes subreptices identifiables.

Ainsi, dans la mesure où des signes prédictifs de la victoire sont observables dans le champ du sport, la question se pose de savoir si ces mêmes signes sont identifiables dans l'arène politique au moment des combats que sont les débats politiques.

En politique américaine, la prédictibilité du gagnant a été rendue possible grâce à une innovation apparue lors des débats Obama-McCain en 2008.

Le premier débat télévisé Kennedy-Nixon en 1960 avait scellé un choix éditorial : les deux candidats étaient assis face aux animateurs-arbitres au début de la diffusion. Ce type très formaté d'apparition à l'écran a perduré 48 ans. Mais à l'occasion du premier débat entre Barack Obama et John McCain, la poignée de main filmée et diffusée officiellement face aux caméras faisait entrer le candidat dans une nouvelle ère, celle de l'observation du « corps-à-corps » entre les prétendants.

En 2008, Obama et McCain ont, par trois fois, débuté le débat en arrivant de l'extérieur du plateau pour se serrer la main au centre de l'arène; et par trois fois Obama a gagné. Les signes de sa victoire étaient chaque fois observables avant le début du débat. Les instituts de sondage validaient à l'issue des émissions des résultats déjà prédictibles sur des critères de langage corporel, dès l'entrée en scène.

Les débats Obama-Romney se sont déroulés selon le même scénario cinématographique. Les acteurs arrivant hors champ pour se rencontrer au centre de leur terrain de jeu et se serrant la main devant les caméras. Obama moins bien préparé que Mitt Romney perdit le premier de ces débats avant de gagner les deux suivants. Là encore le verdict donné par les instituts de sondage correspondait aux prédictions possibles. Et là encore, le gagnant pouvait être prédit trois fois sur trois en se fiant aux mêmes signes que lors des trois débats McCain.

Quels sont ces signes ?

Le dominant s'impose avant même d'avoir commencé à argumenter. Et son comportement dans le cours du débat finira d'objectiver une domination exprimée dès son entrée en scène. Le dominant peut d'abord être défini comme celui qui prend les initiatives. Formellement, dans un débat politique, c'est celui qui prend l'initiative de la poignée de main en amorçant le premier le mouvement. C'est ensuite celui qui desserre en dernier son étreinte avec son autre bras à la fin de la poignée de main. C'est enfin celui qui occupe le plus amplement l'espace. Les critères de proximité ne sont pas propres au champ politique. Ils s'expriment dans le monde animal et ils sont ritualisés dans la mise en présence des êtres humains en interaction. obama_3Sur le critère du toucher, dans les débats Obama-McCain et Obama-Romney, le gagnant était prédictible dès la mise en présence des candidats. Sur la base de ces règles, le gagnant énoncé par les sondages correspondait six fois sur six à ces critères énoncés. Obama a perdu un débat sur six. C'est le premier débat contre Romney et lors de ce débat Obama a lâché le premier le bras de Mitt Romney qui a continué à lui serrer le sien.
 

Le débat Clinton-Trump

La domination est déterminée par l'occupation optimale de l'espace. Mais évidemment, lorsqu'un débat met en présence un homme et une femme, si les rituels restent les mêmes, ils doivent être aménagés pour prendre en considération la nature du rapport homme-femme. Ce rapport étant lui-même soumis à des codes stricts, intégrés et intériorisés et s'exprimant pour partie à l'insu des protagonistes.

Ainsi, l'un des critères observables lorsque deux hommes se rencontrent n'a plus cours si un homme et une femme ont à jouter l'un contre l'autre. Ce critère, c'est celui du toucher. Il prend une connotation différente dans le cadre d'un rapport homme-femme. Ce critère sera d'autant moins signifiant dans ces trois débats que le candidat masculin s'est vanté, puis récusé de s'être vanté, de « toucher » les femmes sans qu'elles ne lui résistent. Les deux leaders ne se sont d'ailleurs purement et simplement pas serré la main lors de l'entrée en scène au début du second débat.

Il n'en reste pas moins vrai que l'occupation de l'espace observable – aussi bien sur le critère territorial de l'ampleur de la poignée de main lorsqu'elle a lieu que sur le critère de l'occupation spatiale de l'espace – reste un facteur de prédictibilité du gagnant. Et sur ces deux critères visuellement objectivables, la domination d'Hillary Clinton s'est vue dès l'entrée en scène des deux débats. Les instituts de sondage lui accordant chaque fois la victoire a posteriori.

Dans le premier débat, elle a pris l'initiative de sortir la première des coulisses, son bras plus déployé obligea Donald Trump à s'effacer pour se placer non pas à côté d'elle, comme il aurait pu l'imposer s'il avait été dominant, mais derrière elle. Dès lors, il lui laissa la possibilité de prendre toutes les initiatives dans la gestion de l'espace, et ce jusqu'au début officiel du débat.

Dans le second débat, ils ne se sont pas serré la main, mais là encore, côte à côte face aux caméras, alors que Trump restait statique, figé, elle embrassait du regard toute la salle, se tournant d'abord à sa gauche puis à sa droite. L'espace d'une certaine manière lui appartenait. Les images ci-dessous le montrent.clinton_3 En fait, lors des trois dernières élections présidentielles américaines, les critères synergologiques de territorialité ont permis, huit fois sur huit, de donner le nom du gagnant des débats. En tout état de cause, ils devraient nous permettre de donner, si les items sont suffisamment signifiants, l'indication du gagnant avant le début du troisième et dernier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, ce mercredi soir 20 octobre 2017.

Ce billet est également publié sur le Huffington post Québec

 

La Synergologie face aux pseudo-sciences du non-verbal

Capture d’écran 2016-05-06 à 05.44.20Fondée pour mieux comprendre l'être humain à partir du langage corporel, la synergologie est une discipline nouvelle. Mais en quoi réside son originalité et  pourquoi se trouve-t-elle au centre de tant d'enjeux ?

La radicalité de sa nouveauté, provient du fait qu’elle aborde le langage corporel en renversant l'ordre des variables indépendantes  et dépendantes lors de l'observation. Raisonnons par l’exemple  :

la Synergologie plutôt que de poser des questions traditionnelles du type :

  • A quoi se lit le stress sur le visage ?
  • Quels sont les signes de la colère ?
  • Y-a-t-il des signes corporels observables de la confiance en soi ?….

pose des questions de recherche en apparence aussi inhabituelles que :

  • Pourquoi l'être humain lève-t-il le sourcil droit ?
  • Pourquoi l'être humain penche-t-il sa tête à gauche ? 
  • Pourquoi remonte-t-il l'épaule gauche ?
  • Pourquoi se gratte-t-il ?
  • Pourquoi cligne-t-il de manière dissymétrique des paupières ?Capture d’écran 2016-04-22 à 14.52.38

 

 

 

L’aspect très concret de ces questions conduit à observer l'être humain à partir d'une posture spécifique, de proposer d’autres standards d’observation et de produire des concepts nouveaux. Et ce, non seulement pour parvenir à identifier certains signes corporels jamais encore observés,  mais aussi pour leur attribuer une signification.

Complémentaire avec le regard que portent d'autres disciplines sur l'humain, le regard synergologique permet de défaire assez simplement de nombreuses croyances non fondées relatives à l'observation et de distinguer les chercheurs rigoureux dans l’abord de l’observation, des pseudo-scientifiques espérant bien tirer partie d’un crédit acquis dans d’autres champs de la connaissance.

Utilisée dans leurs champs professionnels par des médecins, psychologues, criminologues, négociateurs, avocats, roboticiens, ergonomes, professeurs, éducateurs,  communicateurs, coachs, et plus largement par toute personne curieuse et formée, la synergologie pourrait se satisfaire de la Success story de sa popularité grandissante.  Pourtant c'est dans le champ de la science qu'elle a décidé d’amener le dialogue, simplement parce que son abord rigoureux de l'être humain lui en offre la possibilité.

Dans le champ scientifique, le langage corporel considéré comme objet possède un avantage considérable sur d'autres objets scientifiques traités hors des sciences de la nature : LE LANGAGE CORPOREL SE VOIT. C'est-à-dire que les observations sont vraies ou fausses et certaines d'entre elles peuvent même être testées sur des bases positives. C'est suffisamment rare pour être signifié.

La presque totalité des disciplines des sciences humaines n’ont pas cette chance : La psyché chère aux psychologues ne transparait pas à l'oeil nu, les classes sociales du sociologue même si elle existent ne se repèrent pas aussi facilement dans les allées du métro. Les  méridiens du corps des acupuncteurs ne sont directement observables. Les historiens ne voient pas passer la diachronie dans la rue.  Le phénomène du pouvoir sérié par les sciences politiques n'est pas si simple à circonscrire.

En revanche lorsque le sourcil droit remonte sur le visage la situation peut être repérée sans ambiguïté. …  et derrière les mêmes régularités observées de sourcil droit en sourcil droit, corrélées avec des éléments du discours,  des pensées récurrentes peuvent être identifiées et des propositions d'interprétation avancées, un champ conceptuel émerger.

Aujourd’hui, il n’est plus acceptable d’entendre dire que le « non-verbal » représente près de 60 ou 80 voir 90 % de la communication selon les chercheurs et les études, et qu’il n’occupe jamais plus de deux ou trois heures d’un cours de communication traditionnel. Il n’est plus acceptable que le public soit si peu informé et que les connaissances il dispose relève tant du sens commun pour ne pas dire de la rumeur (Exemple : « les bras croisés traduisent la fermeture… la personne qui détourne le regard ne dit pas la vérité… »).

La science ne s’est jamais construite par accumulation de connaissances, elle se construit par validation de paradigmes et abandon de théories désuètes, ou invalidées. Les propositions nouvelles proposées par la synergologie dans le champ scientifique doivent permettre de poser certains problèmes théoriques autrement pour disposer d’informations pratiques plus nombreuses utiles à tous professionnels et chercheurs.

Si ces questions vous intéressent venez comprendre et dialoguer le 12 mai 2016 à l’occasion dans une conférence intitulée :  "la  Synergologie  face aux pseudo-sciences du non-verbal".

Cette conférence est construite pour aborder à travers des exemples concrets la question centrale  de la place de la synergologie dans le champ scientifique, d‘amener à comprendre en quoi une démarche de type synergologique est aujourd’hui incontournable lorsqu’il s’agit d’aborder le langage non-verbal. Ce qu’elle apporte de nouveau à la compréhension de l'être humain à travers son observation ? Comprendre aussi comment identifier des citères de rigueur dans le champ du langage corporel  ?

Cette conférence est destinée à un public de scientifiques, vulgarisateurs scientifiques, communicateurs scientifiques,  journalistes scientifiques, mais aussi curieux et même, sceptiques curieux.

Très heureux de vous rencontrer bientôt.

 

Pour vous inscrire :  http://bit.ly/1QsTs3n

La synergologie et les faits

CaptureLa synergologie permet de mieux comprendre l'être humain  à partir de son langage corporel. Son cadre explicatif l'oblige à respecter deux paramètres. D'abord, décrire le plus précisément possible la réalité pour en faire émerger des phénomènes qui n'avaient pas été observés jusque là. Ensuite, offrir la possibilité à d'autres chercheurs de réfuter, critiquer les propositions émises sur des bases scientifiques constructives.
En synergologie, la théorie des microdémangeaisons se prête bien à ce type de démonstration.  Le schéma  accompagné de points, permet de visualiser la topographie des zones sur lesquelles les personnes se passent la main lorsqu'elles se grattent le visage.

Une microdémangeaison spécifique effectuée sur le bout du nez (zone N10) permet de penser que la personne qui l'effectue est curieuse. Curieuse de voir, curieuse de savoir, curieuse de comprendre, bref curieuse.

Émettre l'hypothèse que la personne est curieuse lorsqu'elle applique sa main sur le haut de son nez pour le caresser ou le gratter, est l'explication la plus logique en l'état des connaissances.

Dans la zone du nez, huit microdémangeaisons font ainsi l'objet d'horizons de sens différents; chaque zone touchée, grattée ou caressée inconsciemment exprime un non-dit.

La vidéo précédente peut être mise en perspective avec une autre attitude, celle où la personne se gratte à l'aide de la pince pouce-index sous le nez en l'obturant. Ce mouvement traduirait un malaise  :  "Il y a un problème".  Et bien évidemment ce geste est inconscient.

La proposition consistant à comprendre qu' "il y a un problème" lorsque la personne effectue ce type de microdémangaison, constitue aujourd'hui l'explication la plus plausible. Elle est née de l'observation de situations récurrentes. 1260 items classifiés forment aujourd'hui le corpus de la synergologie et regroupent tous les aspects du langage corporel.

Des milliers de vidéogrammes représentant des situations observées in vivo sont ainsi stockés dans des bases numériques pour être comparés, enrichis tous les jours par des sources nouvelles. De ces comparaisons est né au fil du temps un corpus de  propositions stables.

Un des objectifs de la synergologie est de comprendre et de montrer à quel point le corpus gestuel est universel. Ce qui ne veut évidemment pas dire que chaque culture n'a pas son système symbolique conscient. Toutefois, à un niveau infra-conscient, il semble bien que les réactions corporelles humaines partagent toutes des codes communs.

Pendant longtemps, les biologistes ont pensé que les microdémangeaisons permettaient d'inhiber des zones de la douleur, et que c'est dans les occasions de malaise que nous nous grattions. Mais très récemment, Mishra et Hoon (2013) ont repéré que les circuits de la douleur et ceux de la démangeaison sont distincts, et qu'un polypeptide, le nppb serait à l'origine des démangeaisons. Ces découvertes issues du champ de la neurobiologie s'accordent bien avec les observations synergologiques, de nombreuses microdémangeaisons engendrées par des évènements à valence positive générant à leur tour une excitation positive. Ce qui est le cas d'ailleurs sur certaines situations présentées sur la première vidéo. 

Dans le champ du langage corporel, il n'existait avant la synergologie aucune autre base d'identification des lieux précis des microdémangeaisons, et aucune proposition d'horizon de sens réfutable. Des chercheurs avaient bien remarqué que les gens se grattaient sans raison apparente, Morris (1967), Cosnier (1977) Ekman et Friesen (1969) Kimura (1976) notamment, et ils sont loin d’être les seuls. Mais aucun d'eux ne s’était jamais intéressé précisément à mettre en lien l'état responsable de la microdémangeaison avec la topographie stricte de ces mouvements. Or, le corps humain ne fait jamais rien sans raison. C'est le principe de base de l'homéostasie (Claude Bernard, 1865). Les gestes sont donc toujours forcément signifiants.

Pourquoi ces phénomènes n’avaient-ils pas été observés auparavant, s’ils sont si clairs ?

Un postulat de la communication non verbale veut que le geste soit lié à la parole. Or ce postulat en a complètement occulté un autre : le geste lié à la pensée. Car il suffirait que le geste ne soit pas lié à la parole, qu'il soit lié à la pensée pour que le langage corporel soit observé sous un prisme différent. Dans les deux exemples vidéo précédents, c'est la nature différente des pensées (et non des paroles) qui est à l'origine de deux types de microdémangeaisons différentes. C'est l'option la plus logique en l'état des connaissances.

La  théorie des microdémangeaisons  permet d'amorcer ainsi une réflexion sur des aspects du langage corporel qui n'avaient jamais été abordés sous cet angle là,  alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l'être humain et créer des interactions plus riches.

 

Ce message est tiré d'une communication présentée l'Université de Nancy-Lorrraine aux 2èmes Journées d’études du réseau Duplication, Implication, Réplication, réseau international et multidisciplinaire de chercheurs en communication et en sciences sociales, le 9 juin 2015 qui proposait une réflexion sur les formes de duplication et d’engagement dans l’environnement numérique.

 

Bibliographie

Bernard, C (1865) Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.

Dahan, G., & Cosnier, J. (1977). Sémiologie des quasi-linguistiques français. Psychologie médicale, 9(11), 2053-2072.

Ekman, P., & Friesen, W. V. (1981). The repertoire of nonverbal behavior: Categories, origins, usage, and coding. Nonverbal communication, interaction, and gesture, 57-106.Kimura, D. (1976) « The neural basis of gesture », dans Whitaker , H. et Harry A. Studies in neurolinguistics, vol. 2, Academic Press, 1976, p. 145- 156.

Kimura D., (1976): “ The neural basis of gesture ”, In H. Whitaker et H.A Whitaker : Studies in neurolinguistics, 1976 , Vol 2 (pp. 145-156).

Meguerditchian, A. (2009) Latéralité et communication gestuelle chez le babou et le chimpanzé : à la recherche des précurseurs du langage, Thèse 2009.

Mishra, S. K., & Hoon, M. A. (2013). The cells and circuitry for itch responses in mice. Science, 340(6135), 968-971.

Morris, D. (1967). Le singe nu (1967). Paris, Grasset.

 

 

 

 

La synergologie, un nouveau paradigme

La synergologie est une discipline nouvelle et populaire. Elle se trouve, de fait prise entre deux feux : ceux qui ratingvoudraient en négliger la nouveauté parce qu'introduire de la nouveauté oblige aussi à écarter quelques idées au passage, et ceux qui pensent que tout ça n'est pas nouveau, d’autant que beaucoup de travaux existent dans le champ du non verbal.

La synergologie est apparue dans le champ de la communication non verbale au moment d'un changement de paradigme.

La connaissance  traditionnelle du langage "non verbal" est basée sur deux postulats   :

  1. Le langage corporel est le langage qui accompagne le langage verbal.
  2. Le langage corporel est le langage des émotions.

Le propre d'un postulat est qu'il n'a pas besoin d'être démontré. En psychologie par exemple, le postulat de base veut que le psychisme de l'être humain le définisse. Evidemment s'il s'avérait que le psychisme n'existe pas, l'édifice psychologique s'effondrerait de lui-même. Mais en attendant ce postulat est bien solide. Pour les sociologues le postulat de base veut que les  rapports sociaux soient structurants pour l'individu. Chaque discipline repose ainsi sur un certain nombre de postulats qui n’ont pas à être discutés, parce que c’est autour d’eux que la discipline se forge.

Or les deux postulats précédents relevant du non verbal, et tenus pour vrais pendant très longtemps ont besoin d’être réexaminés aujourd’hui, à la lueur des observations faites grâce aux moyens modernes d’investigation.  Ils obligent à considérer la dimension corporelle du langage non verbal un peu différemment.

Reprenons les deux postulats issus du paradigme traditionnel :

1. Le langage corporel accompagne le langage verbal.

Le langage corporel dans le champ académique c'est ce qu’on appelle le plus souvent la gestuelle, et évidemment la gestuelle accompagne le langage verbal. A ce titre, il est dit que le langage corporel est co-verbal.  D’un certain point de vue, comme les propos sont généralement accompagnés de gestes, tout ça fait tellement de sens qu’il ne semble pas y avoir de raison de remettre en question un postulat si évident. Or aujourd’hui, au regard de l'imagerie cérébrale autant que de certaines expériences plus traditionnelles, la dimension « co verbale » du langage du corps  semble largement marginalisée au détriment d'autres dimensions de ce langage. Prenons d'abord deux exemples. Ackerman et al (2010) ont montré que lorsque deux personnes négocient sur des chaises molles, elles négocient plus mollement que si elles négocient sur des chaises dures (!). La texture des chaises est reconnue par le corps qui envoie des messages au cerveau. Chen et al, (2001) ont observé de leur côté que les personnes qui avaient des objets rugueux dans les mains négociaient plus âprement que celles qui avaient  des objets mous. D'autres expériences de ce type existent, elles traduisent le fait que les sensations envoyées par le corps préparent le cerveau à penser comme il va le faire.  Le message envoyé par le corps aura un effet sur la teneur du message verbal,  le corps (en fait les zones sensorimotrices du cerveau reliées plus directement au corps) prépare la personne à penser ce qu’elle va dire, bien avant qu'elle ne le dise.

Toutes ces expériences faites dans d’autres champs que celui du non verbal proprement dit, permettent de comprendre que le langage corporel n'accompagne pas le langage verbal mais qu'il le précède. Il prépare de manière non consciente pour elle la personne à dire ce qui ne va émerger sous forme sonore et verbale que plus tard.  Et tout le paradigme synergologique revient non pas à chercher le co-verbal, mais plutôt la trace corporelle de la pensée non consciente, qui peut déjà être observée dans certaines conditions sur le corps, à travers son langage.

Ces expériences conduisent à penser qu’un être humain peut également être traversé par plusieurs rythmes corporels qui s’entremêlent, parce que la personne peut traiter plusieurs pensées en même temps, et que toutes ces pensées n’ont pas toutes le même niveau de maturation.  Nous clignons des paupières environ toutes les 2 secondes et ne changeons de position assise que toutes les dix minutes environ. Pendant que les clignements de paupières permettent d'intégrer activement les informations venues de l'extérieur, les jambes en position assise peuvent être dans un repos presque total. Toutes les parties du corps ne sont donc pas engagées au même titre dans l'interaction, et les rythmes corporels ne sont pas co-verbaux loin de là. Ils sont pluraux.

Renverser le paradigme dominant,  c’est dire que ce n'est pas le langage corporel qui est co-verbal, c'est le langage verbal qui est co-corporel. Cette façon de voir est plus logique aujourd’hui ( Bechara et al, 1997, Damasio et al, 2000, Haynes, 2006, Gazzaniga, 2011, Chen et  Bargh, 1999,  Bargh, 1992, Chen et al, 2001, Barsalou, 1999, Bower, 1991). D’une certaine manière, « le corcept précède le concept », mais le bouleversement à introduire pour faire passer cette idée dans certains champs de la réflexion est considérable.  

Dans la réflexion sur le langage corporel, la synergologie peut jouer un rôle intéressant car ces phénomènes sont observables, ils peuvent être numérisés et comparés à condition d’avoir une grille de description du langage corporel exhaustive (nous y reviendrons dans le prochain article).  La chance énorme de ce champ, c’est qu’il est possible de passer plus facilement qu’on ne le pense de la théorie à la pratique, grâce à l’observation visuelle.

Un second postulat demande également à être discuté. Le postulat à l'effet que le langage corporel soit le langage des émotions, parce que là encore  la proposition est tellement réductrice qu’elle empêche de comprendre ce qu’est le langage corporel et à quel point il est utile à la compréhension de la relation.

2. Le langage corporel est le langage des émotions.

Certes les émotions inscrites sur le visage et le corps méritent d'être repérées et décrites avec précision mais le langage corporel ne saurait se résoudre à n'être que le langage des émotions. Il est autant le langage de la cognition que le langage des émotions. Il est autant le langage de la relation que le langage des émotions.  Une personne à l'écoute, bien concentrée dans un entretien ou une réunion d’équipe, laisse passer très peu d'émotions. Pourtant, elle dispose bien d’un langage corporel qui exprime ce qu’elle pense mais qu’un travail sur les émotions ne permet pas de rendre compte.

Là encore, dire que le langage corporel relève autant de la relation, de la cognition que des émotions, relève d'un changement de paradigme.  Une personne peut être attristée par l’attitude d’une personne qu’elle apprécie pourtant profondément. Qu'est-ce que le corps traduira-t-il à votre avis : de la tristesse ou du lien ? Et bien, il traduira les deux états en même temps. Une émotion négative et une qualité de relation.

Une personne effrayée et stressée peut, soit s’arrêter subitement  de réfléchir, soit ne pas interrompre le cours de ses pensées. Il y a là de l’émotion et de la cognition. Ne prendre en compte que les émotions, conduit à se couper de l’information corporelle la plus intéressante, celle qui veut que cette personne continue d’être présente ou qu’elle se coupe parce qu’elle est trop effrayée.  Dans un cas, vous allez continuer à dialoguer avec elle, et dans l’autre, surtout l’écouter pour lui permettre d'évacuer son mal-être. 

Si on répète comme un mantra que le langage corporel c’est le langage des émotions, on passe à côté de sa diversité. Et on passe à côté des phénomènes les plus intéressants à observer pour qui est intéressé par l’autre.

Évidemment, ce changement de paradigme oblige à la création de nouveaux outils pour analyser autrement  le langage corporel. Dire que le langage corporel est traversé par différents rythmes, sans théoriser ces différents rythmes et se donner les moyens de les observer n’aurait pas grand sens.

Dans le prochain message nous évoquerons  la démarche synergologique.

 

Bibliographie sommaire :

 

Ackerman, J. M., Nocera, C. C., & Bargh, J. A. (2010). Incidental haptic sensations influence social judgments and decisions. Science, 328(5986), 1712-1715.

Bargh, J.A. (1992). Being unaware of the stimulus vs. Unaware of its interpretation : why sublimality per sedoes matter to social psychology, in R. Bornstein & T. Pittmann Eds, Perception without awareness. New-York: Guilford.

Barsalou, L. W. (1999). Grounded Cognition. Annual Review of Psychology, 59, 617–645.Bechara, A., Damasio, H., Tranel, D., & Damasio, A. R. (1997). Deciding advantageously before knowing the advantageous strategy. Science, 275(5304), 1293-1295.

Bower, G. H. (1991). Mood Congruity of Social Judgments. In J. P. Forgas (Eds.), Emotion and Social Judgments (pp. 31–54). Oxford: Pergamon Press.

Brouillet, T., Heurley, L., Martin, S., & Brouillet, D. (2010). Émotion et cognition incarnée: La dimension motrice des réponses verbales «oui» et «non». Canadian Journal of Experimental Psychology/Revue canadienne de psychologie expérimentale, 64(2), 134.

Chen, S., & Bargh, J. A. (1999). Consequences of Automatic Evaluation: Immediate Behavior Predispositions to Approach or Avoid the Stimulus.Personality and Social Psychology Bulletin, 25, 215–224.

Clark, A. (1997). Being there: Putting Brain, Body, and World Together again. Cambridge: MIT Press. Content, A., Mousty, P., & Radeau, M

Clark, A. (1997). Being there: Putting Brain, Body, and WorldBarsalou, L. W. (1999). Grounded Cognition. Annual Review of Psychology, 59, 617–645

Damasio, A. R., Grabowski, T. J., Bechara, A., Damasio, H., Ponto, L. L., Parvizi, J., & Hichwa, R. D. (2000). Subcortical and cortical brain activity during the feeling of self-generated emotions. Nature neuroscience, 3(10), 1049-1056.

Gazzaniga, (2011) Le libre arbitre et la science du cerveau. Ed Odile Jacob, (pp 141-142)Gibson, J. J. (1977). The theory of affordances. Hilldale, USA.

Haynes, J-D. (2006). Decoding mental states from brain activity in Humans, Nature Reviews Neuroscience, vol. 7(7), pp. 523-34, 2006 Compte rendu Cerveau et psycho, n°41 septembre-octobre 2010, pp-70-72.